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Un film de Christian Merlhiot (France)

"Le procès d’Oscar Wilde" Sortie en salles le 7 Avril

En 1895, alors qu’il est au faîte de sa carrière littéraire et que sa pièce "De l’importance d’être constant", donnée au St James Theatre de Londres, est un succès, Oscar Wilde reçoit une carte du Marquis de Queensberry qui l’accuse d’entretenir une relation coupable avec son fils, Lord Alfred Douglas. Oscar Wilde réplique en déclenchant un procès en diffamation. Mais le Marquis fait infiltrer le milieu homosexuel londonien et réunit ainsi des informations compromettantes sur la vie intime de Wilde. Le procès tourne à la catastrophe pour l’écrivain attaqué à la fois dans sa vie privée et dans son œuvre littéraire. Il est arrêté et inculpé pour outrage à la pudeur et homosexualité. Condamné à deux ans de travaux forcés, il purge sa peine à la prison de Reading. Il publiera anonymement en 1898 "La ballade de la geôle de Reading" qui retrace son temps d’incarcération. et "De profundis" un texte sur le procès destiné au théâtre et qui restera inachevé.
Isolé et ruiné, Oscar Wilde survivra très brièvement à cette épreuve.
Le film de Christian Merlhiot reprend par fragments, le texte du procès sans souci de reconstitution historique mais en y introduisant une lecture et une interprétation.
Dans une maison au bord de la Méditerranée, un homme s’est isolé pour traduire le texte du procès d’Oscar Wilde en arabe. C’est lui qui va prêter sa voix et son corps pour faire résonner, dans un va et vient entre les deux langues, ces moments qui restituent accusations, défense et analyse. Et cela, dans une langue qui appartient à une partie du Monde où le contenu subversif du texte reste entier.
Le traducteur, dans le décor d’une maison de bord de mer, prête sa silhouette à d’autres présences, comme si les parties en jeu apparaissant dans le déroulement de la procédure juridique, se regroupaient dans le même corps.
Le parti pris de narration qu’adopte Christian Merlhiot répond de cette façon au vœu de Wilde quand il écrivait dans "De profundis" : "Soudain, une idée me traversa l’esprit : comme ce serait magnifique si c’était moi qui disais tout cela de moi"
L’interrogatoire anticipe le réquisitoire et le procès est réduit à l’exposition de la condamnation citée en préambule. La défense de Wilde devient une sorte de testament spirituel où il définit sa vision générale de l’art, expose ses réflexions sur le travail de l’artiste et sur l’amour et la beauté qui rendent une œuvre artistique possible.
"Le procès d’Oscar Wilde"s’éloigne des règles de la narration cinématographique habituelle. C’est une œuvre esthétique. Aux reflets bleutés de la nuit méditerranéenne succèdent les lumières saturées du grand jour et le jaune vert d’une végétation balayée par le vent. Christian Merlhiot est le fondateur de"pointligneplan", un collectif de cinéastes tournés vers la recherche et qui situe ses enjeux aux croisements des arts plastiques et du cinéma.
Francis Dubois

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