Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Sébastien Batut (France)

"Le rappel des oiseaux" Sortie en salles le 15 avril 2015.

Été 2009, alors qu’il voyage dans la région tibétaine de la Chine, le hasard donne au réalisateur Stéphane Batut, l’occasion d’assister à une cérémonie funéraire unique, où le corps du défunt est offert en pâture à des vautours charognards.

Accompagné d’un groupe de touristes étrangers et d’autochtones proches du rituel, il décide de filmer la scène de déchiquetage du corps.

Ces rapaces dont la particularité est de repérer d’instinct la présence d’un cadavre et qui se nourrissent exclusivement de charognes, deviennent pendant les quelques minutes que va durer la "curée", les partenaires d’un rituel humain.

Cinéma : Le rappel des oiseaux

Le fait d’avoir été invité à assister au déroulement du rituel funéraire la veille pour le lendemain n’a pas laissé à Sébastien Batut, le temps de penser à la meilleure façon de se positionner ou de filmer l’événement.

Allait-il se rendre sur les lieux du rendez-vous avec les charognards comme simple spectateur passif au même titre que les touristes présents sur le terrain, ou bien allait-il, prendre avec lui sa caméra et filmer la scène.

La question se posait réellement puisque les "observateurs" se tenaient à distance et que dès l’instant où les oiseaux arrivaient sur le corps, leur nombre et la masse qu’ils représentaient faisaient écran.

Le sujet de ce rituel singulier était sans doute un bon support pour un film documentaire. Il posait la question de ce que représente la mort pour certains peuples par rapport à celle que nous avons, nous, occidentaux.

Le dialogue qui vient en surimpression des images est composite. Il a été écrit à partir d’entretiens

que Sébastien Batut a eu à posteriori avec des ethnologues, des philosophes et des tibétains qui l’ont éclairé sur les raisons pour lesquelles, au lieu d’un enterrement ou d’une incinération, ces peuples choisissent ce type de disparition des corps.

Ce qui est peut-être le plus difficile à supporter en dehors des images que saisit une caméra qui triche avec la distance avec l’utilisation du zoom, ce sont les regards.

Ceux des autochtones habitués à assister au rituel et qui donnent l’impression de ne ressentir ni émotion ni malaise.

Ceux des touristes qui semblent ne rien faire d’autre, en étant présents, que d’ajouter un épisode plus saisissant que les autres, au butin photographique qu’ils ramèneront de leurs vacances lointaines.

Celui de la caméra non préparée à filmer ce qu’elle filme et dont on sent qu’elle souhaiterait être moins pudique qu’elle n’est.

Le film dure quarante minutes. C’est à la fois beaucoup et peu. L’événement proprement dit étant quasiment invisible, il ne peut servir de motif sur la durée.

Le film de Sébastien Batut laisse le sentiment d’une frustration morbide légitime et celui de commettre une indiscrétion, comme d’entrer par effraction dans un espace interdit qu’on viendrait profaner.

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Have a nice day »
    Alors qu’une pluie ininterrompue s’abat sur une petite ville du sud de la chine, Ziao Zhang, qui veut offrir les service d’un chirurgien renommé à son amie défigurée au cours d’une première opération... Lire la suite (23 juin)
  • « Jerico, l’envol infini des jours »
    C’est dans le village de Jérico, niché au cœur de la Cordillère des Andes où vivait sa grand mère que Catalina Mesa est allée à la rencontre de femmes qui, face à sa caméra, évoquent leur passé et leur... Lire la suite (23 juin)
  • « Sicilian Ghost story »
    Habitant d’ un village sicilien, Giuseppe, un garçon de 13 ans disparaît subitement. Toutes les éventualités sont envisagées, mais Luna, sa camarade de classe, écarte l’idée d’une disparition... Lire la suite (13 juin)
  • « Filles du feu »
    Elles ont à peine vingt ans et elles affrontent, en guerrières, l’état islamique au Kurdistan syrien. Dans cet endroit du monde où l’homme marche devant et la femme derrière, le fait qu’elles aient... Lire la suite (12 juin)
  • « Désobéissance »
    Ronit est allée vivre à Manhattan où elle est devenue une photographe reconnue. Elle est partie aux États-Unis pour faire carrière mais aussi, et peut-être plus encore, pour prendre de la distance avec... Lire la suite (10 juin)