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Un film de Merzak Allouache (Algérie-France)

"Le repenti" Sortie en salles le 10 avril 2013

Pendant près de dix ans, jusqu’aux années 2000, l’Algérie a connu une période noire, d’attentats, de massacres et de tueries perpétrées de façon aveugle sur les populations par le courant islamiste intégriste.

Ces années où le pays a vécu dans la terreur, ont coûté la vie à environ 200 000 personnes.

Pour mettre fin à cette situation insoutenable, le gouvernement a institué une loi selon laquelle tout islamiste repentant qui rendrait les armes et prouverait qu’il n’a pas de sang sur les mains, pourrait bénéficier d’une amnistie et de sa réintégration dans la société.

Une politique de concorde civile était proposée au peuple algérien pour permettre l’arrêt total de la violence. Un mot nouveau faisait son apparition dans les médias. Le "repenti" (ta’hib, en arabe) s’appliquait à celui qui abandonnait la lutte armée et se plaçait sous l’autorité de l’État.

Merzak Allouache a entrepris de faire un film sur le sujet dans l’Algérie d’aujourd’hui, où l’amnésie continue, alors que l’optimisme artificiel qui a fait suite à la loi a disparu et que la violence terroriste quoique moins apparente reste cependant meurtrière avec ses corollaires : la répression et la restriction des libertés

Rachid, le jeune homme qu’on voit, au début du film, courir dans la région des Hauts-plateaux, traînant son baluchon, est un islamiste maquisard qui regagne son village, grâce à la loi de la concorde civile.

Ce jeune repenti s’est sans doute livré, dans "le feu de l’action" a des meurtres et mutilations. Merzak Allouache ne le présente pas comme l’archétype du terroriste convaincu, habité de fanatisme, mais comme un jeune homme appartenant à cette génération de sans-espoir, de sans-éducation que les groupes islamistes ont recruté et qui ont trouvé raison d’être dans une action guerrière dont il ne connaissait sans doute ni les tenants ni les aboutissants.

Le jeune homme qui n’a de repenti que le mot sait-il, lorsqu’il rejoint son village, qu’une loi d’amnistie n’efface pas les crimes et qu’en faisant la démarche, ne tentant de sauver que lui-même, il s’engage dans un voyage sans issue au cours duquel il va être confronté à la violence, au secret, à la manipulation et pourquoi pas, au remords.

C’est lorsqu’il conduira le pharmacien du village et son ex-épouse jusqu’au lieu où a été exécuté leurs fils, qu’il entrapercevra dans sa réalité, la portée des actes commis.

Merzak Allouache est resté, depuis 1993, six années sans pouvoir rejoindre son pays pour des raisons de sécurité personnelle. L’annonce de l’arrêt des violences qui ensanglantaient l’Algérie a été pour lui, comme pour beaucoup, dans un premier temps, un soulagement considérable. La politique de concorde civile engageait le pays dans un optimisme irréel.

Des contacts secrets entre l’armée et les chefs islamistes maquisards allaient-ils avoir l’effet d’une baguette magique et régler d’un seul coup tous les problèmes, réduire à néant chez les uns le goût du sang et chez les autres, la peur au quotidien de tomber sur un faux barrage, une fausse patrouille militaire ?

Mais comment des fanatiques allaient-ils cesser leur lutte sanglante ? Comment les familles de milliers de victimes pourraient-elles oublier ?

Merzak Allouache, après avoir réalisé des films comme "Omar Gatlato", "Bab El Oued City" ou " Chouchou" amorce un véritable virage pour traiter d’un épisode lourd et douloureux de l’Algérie, dire en sourdine toute sa colère à propos d’une supercherie politique qui a manipulé un peuple à bout de forces, mis dans un tel état de fragilité que tout ce qui pouvait être la moindre lueur d’espoir avait valeur d’aubaine..

Le terrible et sincère constat d’une situation qui a laissé la braise sous la cendre.

Francis Dubois

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