Autour du Jazz

« Cookbook, vol. 1 », Eddie « Lockjaw » Davis

Le retour du Vinyle.

Le bon vieux 33 tours avait disparu. Lors de la montée qui semblait irrépressible du CD, les disquaires – surtout les grands, FNAC, Virgin – avaient décidé que ces disques trop grands, trop lourds, n’avaient plus leur place dans les bacs. Les soldes ont été gigantesques. Il fallait supprimer cet obscur objet d’un désir passé. Place à l’avenir, au progrès, au CD. Tchin !
Les mélomanes que nous sommes se sont vite rendu compte d’un problème. Certes, les grattements avaient disparu mais il manquait un petit quelque chose, un je-ne-sais-quoi qui faisait une différence que nos oreilles remarquaient et que notre cerveau avait du mal à analyser. Il était dit que le son était « glacé », « froid » mais il fallait dire « manquait de rondeurs » comme si le CD avait retiré un peu de chair à cette musique pour ne laisser que le squelette.
Les études allaient montrer le bien fondé de cette sensation. Le CD avait gommé les aspérités, les craquements mais il n’avait pas atteint une sorte de perfection permise par l’enregistrement analogique, la profondeur du son. Le son était comme figé.
Fait aggravant, un premier bilan du CD – les premiers avaient été lancés en 1982 – montrait que leur durée de vie était très inférieure à celle du 33 tours. La plaque qui permet de conserver les données numériques était sensible à l’usure du temps. Le stockage des données était limité dans le temps, une quinzaine d’années suivant des études publiées en Grande-Bretagne.
Du coup, retour du bâton – « backlash » disent les Anglo-saxons de manière plus imagée -, le 33 tours revient. Plus rare. Des éditions souvent limitées et, de ce fait, vendues plus chers que le CD.
L’interrogation première tient sur le retour sur investissement. Le confort d’écoute est-il meilleur ? La réponse est toute normande. Peut-être ben que oui…
Parce qu’il y a Vinyle et Vinyle pour simplifier une situation déjà bien compliquée. Certains 33 tours sont fabriqués avec les mêmes ingrédients que le CD. Des ingrédients numériques. L’écoute du 33 tours ne change rien à cette réalité. C’est la « qualité » CD. Il vaut donc mieux se procurer le CD. Qu’il est possible de numériser sur son ordinateur sans utiliser le MP3, un réducteur de son, un procédé qui écrase les informations et se traduit par une écoute tronquée.
C’est souvent le cas des Vinyles proposés par des labels qui profitent du domaine public pour réaliser des bénéfices qui peuvent être importants si le public suit.
Pour les rééditions, il faut faire confiance au label d’origine qui reproduit à l’identique le 33 tours, son et pochette.
C’est le cas de cet album signé par le saxophoniste ténor Eddie « Lockjaw » Davis, « Cookbook », un album Prestige enregistré le 20 juin 1958. Le son a cette profondeur qui manque au CD. La « major » compagnie « Concord » - ex-Universal – a décidé de remettre sur le marché tous les OJC, les rééditions en vinyle et CD des années 1990.
Pour le consommateur, il lui faudra vérifier les modalités de l’enregistrement pour éviter d’acheter ce qu’il ne voulait pas acheter.

Nicolas Béniès.

« Cookbook, vol. 1 », Eddie « Lockjaw » Davis, Prestige 7141, notes de pochette de Ira Gitler, distribué par Concord Music Group.

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