Actualité théâtrale

au Théâtre de l’Aquarium jusqu’au 12 décembre 2010

"Le roi s’amuse" de Victor Hugo - Mise en scène François Rancillac

On s’amuse beaucoup au Louvre et François 1er n’est pas en reste. Il aime la fête et collectionne les conquêtes féminines. Il se déguise parfois en étudiant pour séduire les bourgeoises ou les jeunes filles. Il a autour de lui une cour de jeunes nobles tout aussi fêtards qui, avec le bouffon Triboulet, l’encouragent à la débauche…
Or, Triboulet dont le corps est déformé par une bosse, rejoint parfois dans une maison où elle vit cloîtrée, sa fille de seize ans dont tous ignorent l’existence.
La jeune fille très chaste n’est autorisée qu’à une sortie pas semaine. Et c’est sur le chemin de l’église, échappant à la fausse vigilance de sa nourrice, Dame Berarde, que son regard innocent croise celui d’un bel et jeune étudiant…
Quand Victor Hugo écrit "Le roi s’amuse", il a trente ans et enrage
contre la restauration bourgeoise qui tente d’étouffer les idéaux de la Révolution de Juillet. Le public de 1832 crie au scandale et le gouvernement interdit la pièce au lendemain de sa création.
Un roi qui se divertit sans vergogne, prône l’adultère, le rapt et le viol avec les encouragements pervers d’une cour constituée des plus grands seigneurs de France, un bouffon bossu qui au nom de la justice se transforme en régicide puis en infanticide, une pucelle amoureuse de son violeur, une pieuse duègne qui se transforme en proxénète dénonçaient une crise des valeurs et une perte totale des repères moraux blâmable.

D’immense paravents en chrome et en miroirs, des sphères à facettes disposées sur un sol métallisé à motifs, sont là pour figurer un monde d’apparat, le cadre de vie d’une jeunesse dévoyée. Les costumes des jeunes courtisans et celui du roi sont affublés d’un sexe dressé en velours rouge et les femmes, prostituée ou bourgeoise, tout comme les seigneurs se complaisent dans les attitudes obscènes.
Il faut arriver aux scènes d’intimité entre Triboulet et sa fille, pour que la mise en scène apaisée, débarrassée de ses excès de rythme et d’un décor un peu (trop ?) tape à l’œil, trouve sa bonne mesure.
Car le meilleur de ce spectacle est la présence en scène de Denis Lavant et de Linda Chaïb. En Triboulet, Denis Lavant pousse un jeu désarticulé jusqu’à l’émotion et Linda Chaïb est une Blanche à la fois vibrante et retenue [1]
Francis Dubois

Théâtre de l’Aquarium
Cartoucherie
Route du Champ de Manœuvre
75 012 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 43 74 99 61

Notes

[1L’interprétation de Linda Chaïb est tout aussi remarquable que celle que nous avions particulièrement appréciée dans "Zoom" il y a un an.
A noter par ailleurs autour du spectacle une autre approche théâtrale de Victor Hugo avec "L’homme qui rit" adaptation de Christine Guênon jeudi 18, vendredi 19 et samedi 20 novembre à 18h (entrée libre). Ph. L.

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