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Un film de Djamshed Usmonov (France)

"Le roman de ma femme" Sortie en salles le 2 mars 2011

Paul disparaît subitement. Il laisse derrière lui sa jeune femme désemparée et submergée par d’énormes dettes.
Pendant que la police engage une enquête sur la disparition du mari, Eve reçoit le secours, en apparence désintéressé, de Maître Chollet, un avocat ami.
Celui-ci, par ses conseils et sa grande disponibilité, l’aide à remonter la pente avant de lui annoncer, par ses soins, le rachat de la totalité des dettes.
Il deviennent proches puis amants et leur relation amoureuse ne va pas tarder à attirer les soupçons de la police…
Au premier abord, le sujet peut paraître éculé. La mystérieuse disparition d’un homme dont la jeune femme trouve consolation dans les bras d’un homme mûr qui l’assiste dans ses difficultés, impose en général très vite une enquête policière qui devient le sujet du film et où chacun des protagonistes représente un suspect. Ici, la jeune femme semble être d’une telle candeur et l’avocat à ce point généreux et désintéressé, qu’ils font l’un et l’autre de bien mauvais suspects.

Le récit, ainsi privé d’évidentes suspicions, ne connaît aucun rebondissement notoire qui pourrait tenir en haleine. On finit par oublier le motif de départ, à croire en la simple lâcheté d’un homme qui, couvert de dettes, a décidé de disparaître pour se faire oublier et peut-être exister ailleurs sous une autre identité.
Et l’on se contente longtemps de cette plausible version des faits pour ne s’attacher qu’aux deux personnages principaux puisque celui du policier chargé de l’enquête, reste en retrait. Celui de le jeune femme, prise dans son désarroi, est si minutieusement construit qu’il retiendrait à lui seul toute l’attention si celui de l’avocat débonnaire, amoureux résigné, ne venait doubler notre intérêt. Les deux personnages hors de cause suffisent à alimenter le récit. Le choix des deux comédiens auxquels Djamshed Usmonov a fait appel, nous maintient sur la voie de l’innocence des personnages. Le couple formé par Léa Seydoux, jeune femme mutique, gracieuse et mélancolique et Olivier Gourmet, tout le contraire du séducteur machiavélique, est tellement improbable que lorsque ces deux là deviennent amants, on leur trouve assez de raisons pour justifier ce rapprochement, le passé douloureux de Maître Chollet et le désarroi d’Eva confrontée à une situation à laquelle elle n’était pas préparée.
Le récit est traité dans ce sens par un filmage tout en douceur et mélancolie. Le choix de décors bourgeois, de personnages hors de leur quotidien, créent une atmosphère feutrée, vaguement douloureuse et si le dénouement surprend, s’il nous contraint à revenir sur la totalité du récit, il reste dans une tonalité de douceur et de résignation.
"Le roman de ma femme" est le quatrième long métrage de Djamshed Usmonov mais le premier film qu’il tourne hors de son pays, le Tadjikistan. Il est intéressant de noter dans la narration d’une œuvre française, les marques d’un cinéma singulier, attaché à une démarche narrative contemplative.
Un beau film, superbement interprété.
Francis Dubois

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