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Un film de Anup Sing (Inde/Allemagne/France/Pays-Bas)

"Le secret de Kanwar" Sortie en salles le 3 septembre 2014.

En 1947, au moment de la partition de l’Inde et de la création du Pakistan, Umber Singh est contraint de quitter son village avec sa famille dans des délais très brefs et de tout abandonner derrière lui.

Père de trois fillettes, il espère, ayant plus tard fait fortune dans le bois, que sa femme va enfin lui donner le fils qu’il attend et qui manque à sa totale réussite.

Le moment venu, il refuse d’admettre que le quatrième enfant est une fille et décide de changer la destinée du nouveau-né en l’élevant comme un garçon et plus tard, de le marier à une jeune fille.

Dans la tradition sikh, que l’on soit fille ou garçon, il est tabou de couper ses cheveux. Les filles les laisse pendants ou retenus sur la nuque et les garçons, au moment de la puberté, font un nœud de leur chevelure qu’ils placent dans un turban.

Tout d’un coup, l’apparence de la féminité disparaît pour laisser place à une physionomie virile.

C’est sur cette cohabitation du féminin et du masculin que repose l’essentiel du film de Anup Singh, lui-même issu d’une famille sikh et qui enfant, a grandi en voyant pousser ses cheveux jusqu’à la taille.

"Le secret de Kanwar" est tout à la fois une histoire de famille, celle d’un pays secoué par des événements dramatiques que, dans des circonstances extrêmes, agitent plus encore qu’à l’ordinaire des considérations d’ordre politique, religieux, culturels et idéologiques.

Qu’est-ce qui pousse Umber à un aveuglement tel qu’il a définitivement nié la féminité de sa fille pour en faire le garçon qu’il n’a jamais eu ?

Est-ce pour garder sauf l’honneur de sa famille ?

Est-ce le souhait de se perpétuer dans un fils et de cette façon, de ne jamais mourir ?

Qu’est-ce qui fait que Kanwar accepte aussi aveuglement le choix de son père même lorsqu’il se rend compte que sa nature profonde n’est pas celle qu’on lui impose ?

Le récit qui reste longtemps dans les limites du réalisme opte, avec la mort d’Umber, la fuite de Kanwar et de sa jeune femme, pour une dimension plus fantasmagorique, voire surnaturelle.

Umber qui réapparaît est-il tombé sous le coup de feu tiré par Kanwar et a-t-il ressuscité ou bien est-ce son fantôme qui revient ?

Dès lors le récit fait appel à des fragments de la mythologie ou rejoint le témoignage d’un père dont la fille de seize ans s’est jetée dans un puits pour protéger son honneur ?

On peut dire que c’est un beau film car il est esthétiquement très réussi. On peut dire que c’est un film étrange car il n’obéit à aucune logique narrative. On pourrait dire une fable, un poème.

On reconnaît dans le personnage d’Umber, le comédien Irrfan Khan qui jouait le rôle principal dans "The Lunchbox".

Francis Dubois

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