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"Le sel de la mer" un film d’Annemarie Jacir (sortie sept. 2008)

Soraya est née à Brooklyn. Elle y a grandi. A 28 ans, elle décide de venir vivre en Palestine d’où sa famille qui en était originaire, s’est exilée en 1948.
Emad , palestinien, lui ne rêve que d’en partir pour toujours. Il attend un visa qui lui est régulièrement refusé. Il a le Canada en tête.
Leur chemins se croisent au moment où la banque refuse à Soraya la possibilité de récupérer l’argent de ses grands parents gelé sur un compte à Jaffa et où le restaurant qui emploie Emad suspend le paiement des traitements.
Pour lutter contre l’injustice et échapper aux contraintes liées à la situation du pays, l’un et l’autre, flanqués d’un cinéaste marginal, vont décider de transgresser les lois. Cette liberté volée, comme une parenthèse heureuse, les conduira sur les traces de leur histoire en Palestine…
Le film d’Annemarie Jacir dénonce un état de faits, une situation qui fait quotidiennement obstacle à une existence normale légitime. L’histoire du tournage du film a connu de nombreuses difficultés. La nécessité pour que son film vive, qu’il voie le jour et soit reconnu est à l’image de l’histoire et de ses personnages qui ne connaîtront un semblant de liberté qu’à partir du moment où ils auront transgressé la loi. Quand l’illégalité est partout – il est par exemple illégal pour un palestinien de construire sa maison-, il ne reste sans doute plus qu’à contourner la règle, à prendre le risque de vivre en hors la loi.
Cette liberté que les personnages du film auront volée va les conduire aux limites de leurs joies et de leurs souffrances. Soraya va retrouver pour un moment la maison de Jaffa que son grand père à quittée en 1948 et Emad, son village d’origine dont il ne reste que des ruines et où, le temps de quelques jours, il caresseront le projet fou d’y reconstruire leur vie.
Comme on ne construit rien sur des ruines, la réalité d’une situation va rattraper l’histoire et les personnages.
Alors que les livres ont été interdits, que des écrivains, des artistes ont été assassinés, le cinéma prend la relève comme moyen différent d’expression.
Un film comme "Le sel de la mer" est nécessaire. Il l’est d’autant plus qu’il n’est ni didactique, ni haineux. Si l’histoire qu’il raconte est dans le sujet, si elle relate les difficultés, les suffocations d’un peuple, elle sait s’en évader et flirter avec la poésie. Pas étonnant puisque Annemarie Jacir est aussi poète. Un beau film rude que servent trois comédiens magnifiques dont Saleh Bakri déjà remarqué dans La visite de la fanfare.
Francis Dubois

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