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Un film de Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado (France)

"Le sel de la terre" Sortie en salles le 15 octobre 2014.

Pendant quarante ans, le photographe Sebastiào Salgado a parcouru les continents pour rendre compte d’une humanité en pleine mutation, confrontée à toutes les tragédies.

Avec ses photographies, il aura témoigné des évènements majeurs qui ont marqué notre histoire récente : conflits internationaux, famine, troubles climatiques, exodes, génocides …

Après des décennies passées à côtoyer la cruauté humaine, la maladie et la mort, il se consacre depuis quelques années à la découverte de paysages vierges, à la faune et la flore sauvages, pour un autre gigantesque projet photographique.

Le déclic de ce virage s’est produit à l’occasion d’un retour au Brésil, dans le village où il a grandi et où vivait encore son grand père.

A leur arrivée, avec sa femme, ils constatent la dégradation du paysage environnant la ferme familiale. La sécheresse a eu raison de toute la végétation qu’il a connue étant enfant.

Plutôt que de s’en tenir au constat, Sebastiào et son épouse prennent la décision de reboiser. Les dizaines de milliers d’arbustes repiqués ont déjà reverdi le paysage, fondant l’institut Terra, ONG consacrée à la reforestation, à la conservation et à l’éducation.

Cinéma : Le sel de la terre

Sebastiào Salgado est né en 1944 dans l’Etat du Minas Gerais, au Brésil. Economiste de formation, il débute une carrière de photographe à Paris en 1973.

Il a travaillé avec les agences Sygma, Gamma et Magnum photos jusqu’en 1994, année où, avec Lélia Wanick Salgado, il fonde Amazonas images, exclusivement vouée à son travail photographique.

Il a voyagé dans plus de 100 pays pour la réalisation de clichés qui, au-delà des parutions dans la presse, ont été présentées dans de nombreux ouvrages et dans des expositions itinérantes à travers le monde.

En 2004, il abandonne les témoignages saisissants liés à la famine, aux conflits internationaux, aux exodes, aux génocides pour le projet " Génésis " qui présentera les habitats et les communautés humaines encore intactes.

Le film ouvre sur des photographies saisissantes prises au Brésil, dans une mine d’or où des milliers d’ouvriers présents forment avec leurs incessantes allées et venues une sorte de fourmilière humaine. Ce témoignage n’est qu’incommodant.

Ceux qui suivront, qu’ils rendent compte des famines liées à la sècheresse ou à des guerres, des exodes qui en résultent, de la déshumanisation résultant de misères extrêmes, iront crescendo dans l’horreur.

L’homme est le pire des prédateurs pour l’homme dit en substance le photographe et il n’est pas vain de le répéter et pourquoi pas, images à l’appui.

Ce qu’on ne pourra pas faire, concernant le travail de Sébastiào Salgado, c’est de le taxer de voyeurisme. Si la représentation de l’horreur est frontale, si les images sont terribles, souvent à la limite du supportable, le simple fait que le visage du photographe apparaisse sur fond d’écran, qu’il exprime son émotion, voire sa détresse, le dédouane de toute intention suspecte.

Le film s’achève sur des images plus sereines de vastes paysages et d’animaux. Est-ce à dire que Sebastiào voit avec la contemplation de la nature, un espoir de voir un jour l’homme à la cruauté sans bornes, regarder de ce côté-là.

" Le sel de la terre " a été réalisé par Juliano Ribeiro Salgado, le fils de Sébastiào. Pour son travail de mise en scène et de montage, il a été assisté par Wim Wenders qui est, en plus d’être le metteur en scène de cinéma qu’on sait, un photographe reconnu.

Une œuvre cinématographique puissante, brutale mais incontournable.

Francis Dubois

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