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Un film de Marilyne Canto (France)

"Le sens de l’humour" Sortie en salles le 26 février 2014.

En 2005, Marilyne Canto avait réalisé un court métrage intitulé " Fais de beaux rêves" où elle décrivait l’état de choc d’une femme après la mort brutale de son mari et l’amorce d’un fragile retour à la vie.

"Le sens de l’humour" pourrait être le deuxième chapitre de ce récit qui décrirait les difficultés qu’allait rencontrer cette femme pour accepter d’aimer à nouveau.

Élise élève seule son garçon d’une dizaine d’années. Entre Léo et sa mère, les rapports sont harmonieux même si Élise a rencontré Paul avec qui elle a une relation chaotique sans cesse ballottée entre élans amoureux et querelles.

Malgré cette histoire d’amour houleuse et en pointillés, Paul et Léo font connaissance et, les jours passant, il se tisse entre eux deux des liens de plus en plus forts.

Marilyne Canto est une comédienne discrète dont on découvre, à chaque fois qu’elle apparaît dans un film, l’étendue des qualités. (Elle fut pour ses dernières prestations dans "L’ivresse du pouvoir" de Claude Chabrol, "La tendresse" de Marion Hansel, "Les neiges du Kilimandjaro’ de Robert Guédiguian)

On sait maintenant qu’elle a du talent pour la réalisation.

Si "Le sens de l’humour" se nourrit de petits moments de la vie, de l’observation du quotidien, d’élans positifs et de renoncements, il est efficace pour tracer le contour de ses personnages, alimenter les doutes et les certitudes d’un enfant de dix ans avec justesse, dresser avec sensibilité et par touches successives, les portraits de trois personnages ordinaires auxquels la réalisatrice finit par donner un étonnant relief et une grande authenticité.

Si l’on reproche à certains cinéastes de vouloir mettre dans une première œuvre en même temps que beaucoup d’eux-mêmes (le récit est ici en partie autobiographique) et beaucoup de ce qui leur tient à cœur, ce n’est pas le cas de Marilyne Canto.

Pourtant, elle prend le temps de filmer merveilleusement Paris et certains plans semblent dédiés à l’amour qu’elle voue à la ville ; elle ne rechigne pas à s’attarder sur le travail de Paul (il est brocanteur-collectionneur comme l’est dans la vie, Antoine Chappey) sur l’attrait de l’enfant pour la judéité, sur des personnages secondaires auxquels elle accorde toute son attention.

Si, en dépit de ces rajouts narratifs, le film ne donne jamais l’impression de "ratisser large", s’il ne se perd jamais en digressions, c’est que la mise en scène de Marilyne Canto est d’une grande élégance et d’une grande fluidité.

C’est qu’elle a procédé, pour traiter d’un sujet douloureux et intime, avec la discrétion qui sans doute la caractérise et beaucoup d’intelligence.

Voilà un film parfaitement abouti, sans pathos, qui ne cède à aucune facilité, que le public, vraisemblablement boudera sans réaliser sans doute que c’est en laissant de côté ce genre de production, qu il contribue doucement à l’agonie prochaine d’un cinéma d’auteur en France.

Pourtant "Le sens de l’humour" est un très beau film qui a tout pour plaire au plus grand nombre.

Francis Dubois

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