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Un film de Koji Wakamatsu (Japon)

"Le soldat Dieu" Sortie en salles le 1er décembre 2010

Au cours de la guerre Sino- japonaise, le lieutenant Kurokawa, blessé au combat en Chine continentale, a dû être amputé de ses deux bras et de ses deux jambes.

C’est un homme tronc en partie défiguré et qui a perdu l’usage de la parole que Shigeko, sa femme, voit réapparaître un jour dans leur modeste demeure. Dans un premier temps, elle refuse de reconnaître son mari dans cet homme amputé et totalement dépendant.
Mais tous les espoirs se reportent sur elle pour faire honneur à l’Empereur et au pays et elle accepte finalement la charge de s’occuper comme il se doit, de celui qui devient un héros, le "Soldat Dieu".
Pour Koji Wakamatsu la guerre ne se résume pas aux seuls affrontements et batailles et ceux qui en pâtissent ne sont pas seulement les combattants, mais aussi ceux qui n’y participent pas directement, les femmes et les enfants. Son film lève le voile sur la réalité d’un conflit où les citoyens ont été leurrés par un pouvoir qui a fait croire que cette guerre était dans l’intérêt du pays et dont les séquelles persistent encore aujourd’hui.
Cette femme va, dans un premier temps, mettre un point d’honneur à se montrer exemplaire envers son mari, héros de guerre vénéré. Mais son quotidien, inscrit autour d’un total et constant dévouement, ne dissimulera pas longtemps la réalité de ce que fut avant la guerre, la relation difficile entre les deux époux. L’épuisement de cette paysanne qui partage ses journées entre les travaux des champs et le temps qu’elle consacre à assister son mari vont la renvoyer bientôt aux violences dont elle fut victime de la part d’un homme qui la considérait comme un objet bon à satisfaire ses appétits sexuels et comme une personne négligeable puisque de surcroît, elle était incapable de lui donner des enfants.
Sa soumission à cet être considéré par tous comme un héros s’émousse quand elle reconnaît dans ses exigences alimentaires ou sexuelles, l’ancien autoritarisme conjugal. Et l’homme-tronc lui-même se verra bientôt rattrapé, peut-être à travers la soumission ou la révolte de sa femme, par ses souvenirs enfouis de combattant violeur et sanguinaire.
Le film s’attache essentiellement au déroulement des journées des deux époux, aux travaux des champs et domestiques auxquels la paysanne se consacre, à l’évolution des regards qu’ils se portent l’un à l’autre, dans lesquels s’inscrivent les anciennes rancunes. Des images d’archives ponctuent le récit ainsi que quelques brefs retours en arrière qui traduisent le souvenir de guerre de l’homme.
La grande sobriété du film et l’interprétation magistrale de Shinobu Terajima (Ours d’argent de la meilleure actrice au Festival de Berlin 2010) font de ce "Soldat Dieu" une œuvre forte
qui fera date dans le cinéma japonais.
Francis Dubois

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