Actualité théâtrale

Théâtre de la Tempête, Partenaire Réduc’Snes

"Le soldat ventre-creux" Jusqu’au 29 septembre

Soldat ventre-creux rentre de guerre. Mais au lieu des retrouvailles espérées avec sa femme et son fils, il trouve un autre homme installé à sa place, bien gras, Soldat ventre-plein, qui prétend lui aussi être Sosie. Pire encore, personne ne semble le reconnaître, ni sa femme, ni ses voisins. Et pour compliquer le tout, apparaît un troisième homme, Soldat-ventre-à-terre, qui prétend lui aussi être Sosie.

Hanokh Levin revisite, après Plaute et Molière, le thème d’Amphitryon, personnage floué, spolié, humilié. Mais ici plus de Dieu au-dessus de la mêlée, qui règle tout. C’est la résonance avec l’histoire qui intéresse l’auteur. Hanokh Levin est Israélien. Il est né à Tel-Aviv en 1943 et est mort en 1999. Il se place clairement du côté des perdants de la guerre - les Sosies-ventre-creux - et la dernière phrase de la pièce résonne dans l’actualité : « Un autre vit à ma place et personne ne pourra jamais m’enlever cela de la tête ». Mais la pièce va au-delà de la situation israélo-palestinienne et pose des questions universelles sur la guerre. À quoi rêve celui qui rentre de guerre, affamé et assoiffé d’amour ? Que peut-il faire face à la vie qui a continué, avec un autre qui a pris sa place et une femme qui ne sait plus faire la différence entre lui et l’autre ? La guerre transforme-t-elle les hommes à ce point ? Comment réagir face à cette souffrance ? En étant sourd et aveugle, voire muet, c’est à dire en se résignant, ou en se révoltant ? Peut-on supporter de continuer à vivre alors qu’on est humilié et que d’autres meurent ? Comment s’accommoder des souvenirs ?

Véronique Widock a mis en scène la pièce dans un décor très sobre. Elle épouse la richesse de style du texte, qui passe du drame à l’humour noir, du rêve à la réalité la plus sombre, de la poésie à la brutalité grossière. L’opposition des divers Sosies est tantôt traitée de façon hyper-réaliste, voire grand-guignolesque, tantôt chorégraphiée. Comme chez Molière, la pièce démarre dans le noir avec Sosie-ventre-creux qui répète ce qu’il va dire à sa femme et à son enfant, de la guerre, de la peur et de la souffrance. Par la suite l’enfant est toujours sur scène, comme une présence qui donne à Soldat-ventre-creux une raison de lutter pour sortir de l’humiliation et être reconnu.

Les trois Sosies (Vincent Debost, Soldat-ventre-plein, Henri Costa, Soldat-ventre-à-terre et Stéphane Facco, Soldat-ventre-creux) sont excellents. On n’oubliera pas de sitôt Stéphane Facco qui donne à son personnage une émotion très forte. Il se cogne à plus fort que lui mais s’il plie, il ne cède pas, il ne perd jamais l’espoir et l’envie de vivre.

Bien des pièces d’Hanockh Levin, parce qu’elles critiquaient la société israélienne, se sont heurtées à l’hostilité du public dans son pays. Cette mise en scène est l’occasion d’aller écouter le beau message de résistance qu’il nous adresse. On rit, on réfléchit, on est ému ou révolté. Le théâtre trouve ici sa plus belle mission.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h30

Théâtre de la Tempête

Cartoucherie

Route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 28 36 36

www.la-tempete.fr

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Le banquet »
    Après s’être attachée à mettre en scène le monde des bureaux dans Open space en 2014, la comédienne, danseuse, auteure et metteuse en scène Mathilda May s’attaque, au sens propre du terme, au banquet... Lire la suite (16 octobre)
  • « La nostalgie du futur »
    Un jour quelque chose a bouleversé Catherine Marnas, directrice du TnBA, le télescopage d’un documentaire vu à la télévision, montrant la richesse obscène et vulgaire des dirigeants d’une société... Lire la suite (15 octobre)
  • « De la démocratie »
    En 1835, dans De la démocratie en Amérique , un aristocrate normand livre un portrait sans complaisance de ce système politique qu’il a observé lors de son voyage en Amérique. Il admire cette... Lire la suite (14 octobre)
  • « Jaz »
    Le corps d’une femme sculpturale, belle, puissante se tord. Elle parle et dit qu’on l’a toujours appelée Jaz. Derrière elle quatre musiciens de jazz lancent leurs notes plaintives ou révoltées. Jaz... Lire la suite (12 octobre)
  • « Le jour où j’ai appris que j’étais juif »
    Jean-François Derec est seul sur scène. C’est son histoire qu’il nous raconte et il part du début, son enfance à Grenoble. Il a dix ans, Christine en a onze. Elle lui propose de lui montrer ses seins... Lire la suite (12 octobre)