Actualité théâtrale

Jusqu’au 9 mars au Théâtre de l’Atelier

« Le square », de >Marguerite Duras Mise en scène Didier Bezace

Didier Bezace crée au théâtre de l’Atelier  Marguerite Duras, les trois âges , une trilogie qui offre, dit-il « un parcours dans le temps de la vieillesse à l’enfance ou l’inverse selon l’ordre dans lequel on le voit », de Savannah Bay à Marguerite et le Président en passant par Le square. Comme pour les deux autres pièces de la trilogie un décor blanc, la même petite robe à fleurs portée par la jeune femme, l’armoire à confitures.

Dans un square, une jeune femme et un homme mûr se croisent. Elle est bonne à tout faire, lui vend de tout petits objets sur les marchés. Elle accompagne l’enfant de ses employeurs, se sent seule, attend le bal du samedi soir où, c’est sûr, un homme viendra l’inviter et l’épousera. Lui ne sait plus trop s’il a choisi la liberté et la mobilité qui caractérisent sa vie ou s’il la subit. Il est seul aussi. Dans leurs conversations, il est question du désir de changer sa vie en changeant de lieu ou d’état, mais aussi d’espoirs déçus, de résignations, d’amour et de solitude, parfois même du désir de mort. Tous deux semblent sur des longueurs d’onde bien différentes … et pourtant !

Dans cette pièce se trouve porté à l’incandescence ce qui caractérise l’œuvre de Marguerite Duras, sa curiosité pour la vie et les gens, un mélange d’humour, d’étrangeté, de violence intériorisée et de douleur. Par le jeu des phrases courtes, du ping-pong des questions- réponses, on glisse peu à peu des banalités et des idées convenues à l’abîme des émotions que l’on cache habituellement. Le dialogue est à la fois grave et bourré d’humour, toujours brillant et ponctué de formules qui font mouche. On sourit et on est au bord des larmes.

La mise en scène de Didier Bezace donne vie à ce dialogue magnifique. Il est l’homme du square. Il a un mouchoir avec lequel il s’essuie le visage, les lèvres et qu’il passera à la femme quand l’émotion la submergera. Par de petits gestes comme celui-là ou quand il l’aide à ouvrir la thermos pour donner à boire à l’enfant, il donne à voir une compréhension qui s’installe, une entente qui pourrait devenir un tendre sentiment. Par ses silences, ses gestes, les nuances dans sa façon de dire le texte, il fait évoluer son personnage. Il passe de l’abattement à l’espoir, grimpe sur les chaises, entame avec la jeune femme une danse superbe, puis retombe dans la lassitude et la résignation. Il est parfait. Face à lui, Clotilde Mollet est la jeune femme, qui donne l’impression de savoir ce qu’elle veut et où elle va, avant de révéler ses failles et sa solitude. Elle l’accompagne avec talent sur les hauteurs où il l’entraîne. C’est du grand théâtre, courez-y !

Micheline Rousselet

19h mardi, jeudi et samedi, le dimanche à 17h.

Théâtre de l’Atelier

1 place Charles Dullin, 75018 Paris

Réservations : 01 46 06 49 24

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