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"Le syndrome du Titanic" un film de Jean-Albert Lièvre et Nicolas Hulot

Quand Nicolas Hulot nous dit qu’il ne veut pas se cantonner à l’analyse de la seule crise écologique, mais qu’il voit bien que « toutes les crises - écologiques, économiques, alimentaires et climatiques- se combinent et nous mènent droit vers une crise de l’humanité, voire humanitaire » on a très envie de le suivre. Avec ce film il veut « aider à la prise de conscience et accélérer le passage à l’acte ». Pour montrer que si nous ne changeons pas nos modes de vie nous courrons à la catastrophe, Nicolas Hulot s’est associé à Jean-Albert Lièvre auteur de nombreux documentaires et spécialiste de la belle photo.
Syndrome Titanic image 02
Effectivement on a des images magnifiques des dégâts que nous infligeons à la planète. L’immense bidonville transformé en cloaque qu’est Lagos, l’image du pêcheur seul sur sa pirogue minuscule passant entre les piles de ponts gigantesques, les nœuds autoroutiers, l’alignement des petites maisons sur les îles artificielles des Emirats arabes, tout cela restera dans nos mémoires. La pauvreté même, est esthétique et émouvante à l’image de cette femme miséreuse et aveugle qui serre son enfant dans ses bras ou de cette autre femme aux beaux yeux bleus qui vit depuis vingt ans dans une automobile aux Etats-Unis. Le film met bien l’accent sur la question des inégalités et tout le film est construit sur l’opposition entre surabondance et pauvreté : la misère en Afrique d’un côté et les Japonais qui dorment sur le trottoir pour accéder les premiers au nouvel Ipod de l’autre, les bars à oxygène pour chiens à Tokyo et les hommes âgés qui vivent dans des sortes de petites cages grillagées empilées, en Chine. Syndrome Titanic image 01
D’où vient alors que l’on ressent un certain malaise ? Il y a d’abord une sursaturation d’images : parallèle entre les consommateurs qui se croisent sur des escalators dans le plus grand hall des Etats-Unis et le tri des poussins sur un tapis roulant suivi d’images de poulets élevés en batterie, parallèle entre des Evangélistes allumés qui, dans une Eglise en Afrique, glorifient le business et des images d’écrans à la Bourse où défilent des chiffres. Tout ceci n’est pas exempt d’ambigüités. Ainsi on a une belle séquence avec des femmes en Namibie qui font leurs course au supermarché en tenue traditionnelle, les seins nus. Ensuite elles rentrent à pied dans leur village où des touristes un peu gênés viennent photographier un village typique. Bel exemple d’opposition entre opulence et pauvreté, mais le spectateur ne peut pas ne pas penser qu’il n’y a guère de différence entre ces photographes et le réalisateur ! Enfin on aurait aimé que Nicolas Hulot aille plus loin. Il s’en tient à un discours moralisateur, parfois grandiloquent en raison de l’accumulation de vérités professées sur un ton profond (« Je veux taire mes illusions et garder mes rêves », « Nous sommes des acteurs de quelque chose de beaucoup plus grand », « Il faut revisiter le projet humain. L’homme est grand sous la contrainte »). Sur un projet visant à montrer que la crise est systémique, on attendait plus. Or on a bien des gros plans sur les victimes et la pauvreté, mais peu d’éclairages sur les responsabilités du système. Enfin Nicolas Hulot est d’une prudence remarquable sur d’éventuelles mesures à prendre ! S’en tenir à « Il faut savoir réduire, renoncer … Je crois à la sobriété heureuse » est un peu court. Un beau projet qui se noie dans ses propres images et nous laisse sur notre faim.
Micheline Rousselet

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