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Un film de Dominique Marchais (France)

"Le temps des grâces" Sortie en salles le 10 février

Ce film qui a été présenté dans le cadre des Etats généraux du Documentaire à Lussas pose un regard engagé et inquiet sur l’état de l’agriculture en France et sur ce que sont devenus aujourd’hui les paysans.
La tendance à la modernisation des techniques agricoles date des années cinquante. Elle avait pour objectif majeur l’amélioration des conditions de travail et un meilleur rendement qui rendrait plus aisée la vie des exploitants. Cet engouement a largement dépassé les perspectives louables de l’époque. Il a débouché de décennie en décennie sur une situation devenue préoccupante qui porte aujourd’hui atteinte tant au domaine du savoir-faire qu’au respect de la naturel et pose un inquiétant point d’interrogation sur l’avenir du terroir.
Les exploitations de taille humaine ont pratiquement disparu pour laisser place à des exploitations de centaines d’hectares qui engagent des techniques adaptées à leur importance, débouchant sur la rationalisation des produits au détriment de la biodiversité.

Dominique Marchais était sans doute le témoin idéal pour faire ces constats et dresser l’état des lieux le plus objectif possible. Petit fils d’agriculteurs, il est resté attaché à la campagne mais comme un urbain détenteur à la fois de souvenirs remontant à l’enfance et de souvenirs littéraires liées aux descriptions qu’il pouvait avoir lues chez Balzac, Tolstoï ou Gogol…
C’est en tant que témoin quasi vierge qu’il s’est penché des décennies plus tard sur la campagne française pour découvrir l’étendue des dégâts, les altérations du paysage, la privatisation des espaces ruraux, la disparition des chemins vicinaux, l’appauvrissement de la terre, la diminution de longévité des vignes ou des fruitiers. Le territoire étant le bien commun de la Nation, il est anormal que ces modifications structurales du patrimoine se soient faites sans négociations préalables avec tous les usagers de la campagne.
Il n’était pas question pour Dominique Marchais de s’en tenir à un constat amer et nostalgique. Il s’agissait de comprendre pourquoi un souci de rendement optimum avait pris le pas sur le social, l’économique, l’agronomique et occasionné un tel déficit de fond. Il se contente, pour mieux cibler le propos de son film, de poser, en regard de toutes ces aberrations, la question toute simple suivante : quelle agriculture, pour quoi faire ?
Plus proche de Depardon que de Yann Arthus Bertrand, Dominique Marchais penche pour la complexité contre l’uniformité et milite pour une agriculture de qualité. Pour lui, on devient écolo de raison et les agriculteurs conscients, qu’ils pratiquent la culture bio ou pas, savent que le mal vient de la pollution des nappes, de la fragilité des sols et de l’érosion de la biodiversité. L’utilisation de la chimie est en cause mais le sont également le nombre d’agriculteurs et le devenir de l’espace rural…
"Le temps des grâces" est un film à voir absolument et à faire voir de toute urgence.
Francis Dubois

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