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Un film de Özcan Alper (Turquie-Allemagne-France)

"Le temps dure longtemps" Sortie en salles le 18 avril 2012

Sumru prépare un mémoire d’ethnomusicologie à l’Université d’Istambul. Dans le cadre de ses recherches, elle part pour quelques mois vivre dans le Sud-est de la Turquie pour y étudier les élégies anatoliennes.

Alors que, depuis des années, elle est poursuivie par le souvenir de son fiancé mystérieusement disparu, elle fait la connaissance, à Diyarbakir, d’Ahmet, un vendeur de DVD pirates érudit qui avait, pendant un temps, filmé les témoignages de survivants kurdes.

Une complicité s’établissant entre les deux jeunes gens, Ahmet accepte d’accompagner Sumsu pour le voyage qu’elle a décidé d’effectuer, malgré le danger que représente une telle entreprise, sur les terres de sa famille. Le but de ce voyage est la recherche des élégies qui ont forgé la mémoire partagée dans des régions où la tradition orale étant forte, elles abondent.

Dans le contexte tragique d’une guerre non reconnue à ce jour, Sumsu va devoir affronter son passé et l’histoire de son pays.

"Le temps dure longtemps" est, pour l’essentiel de son récit, un road-movie à travers les paysages turcs, magnifiques, arides et silencieux. C’est une histoire d’amour avec un être absent, référence à la réalité kurde à l’intérieur de la Turquie.

C’est une histoire d’amour amorcée mais sacrifiée entre Sumsu et Ahmet.

C’est surtout le retour sur un peuple blessé par le passé, celui qui se bat avec les souvenirs qui ont transformé le cours de si nombreuses vies.

A travers cette guerre qui ne se nomme pas, qui se poursuit depuis trente années, au cours de laquelle 17 500 assassinats politiques ont été commis et demeurent des "cas non résolus", Özcan Alper regarde la Turquie d’aujourd’hui sans concessions.

L’amitié qui unit les deux jeunes gens au fil de leurs rencontres, puis au cours du long voyage en voiture qu’ils entreprennent, apporte au film une sorte de douceur tour à tour inquiète et apaisante.

Ni Sumsu, ni Ahmet ne sont dupes. Ils savent, dès le départ, que le poids de leur passé pèse trop lourd pour qu’ils puissent vivre l’amour qui les rapproche.

La caméra de Özcan Alper observe au plus près leurs visages et filme les paysages bruts dans toute leur ampleur. Ils sont les témoins des vivants et des morts et devant la sérénité qu’ils distillent, il reste à se poser la question de savoir comment tant de beauté a pu abriter une telle tragédie.

Une exploration de la mémoire. Une grande œuvre sensible.

"Le temps dure longtemps" marque l’’apparition d’une nouveau cinéaste turc de grand talent.

Francis Dubois

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