Actualité théâtrale

Théâtre Artistic Athévains, jusqu’au 17 avril

"Le théâtre de l’amante anglaise" de Marguerite Duras - Mise en scène de Ahmed Madani

Depuis Madeleine Renaud qui interpréta le personnage de Claire Lannes sous la direction de Claude Régy sur la scène du théâtre Récamier (aujourd’hui disparu) jusqu’à Ludmila Michael qui le joua dernièrement au théâtre de la Madeleine, le texte de Marguerite Duras est devenu une référence, celle d’un théâtre exigeant et intime dont les personnages, issus du fait divers, sont aussi éthérés que proches et palpables.

Claire Lannes a avoué l’assassinat de sa cousine sourde et muette qu’elle a découpée en morceaux au fond de la cave et dont elle s’est débarrassée, au rythme d’une partie du corps par jour, à chacun des passages d’un train sur le viaduc de Viorne.
Un personnage indéfini, qui n’est ni un policier ni un juge, qui questionne pour son compte personnel, interroge d’abord le mari, Pierre Lannes avant d’interroger dans une tonalité proche, Claire Lannes elle-même, non pas sur les circonstances du crime mais sur les éléments à la périphérie qui pourraient éclairer sur l’assassinat que rien, jamais, n’avait laissé présager.
Les réponses aux questions ne font pas la lumière sur les raisons qui ont amené Claire Lannes à tuer sa cousine mais donnent des indications sur les atmosphères, la façon dont se déroulaient les journées pour l’une ou l’autre, sur les relations fluctuantes entre les deux femmes, sur la qualité de cuisine que confectionnait Marie-Thérèse Bousquet, la victime, sur le passé de Claire, sur le mystérieux agent de Cahors avec qui elle avait vécu une histoire passionnée avant de connaître son mari et de s’installer à Viorne.
Claire Lannes est-elle folle ou bien était-ce un être déboussolé qui ne donnait d’importance ni à l’essentiel ni au détail de la vie et qui se contentait, pour meubler ses journées, de stations sur le banc du jardin, d’une longue toilette et du ménage soigné de sa chambre ?
Le texte de Marguerite Duras avec des indications anodines et la mise en scène de Madani qui propose un éclairage indifférent puis pathétique de Claire Lannes convergent ici vers le constat d’une profonde solitude.
Elisabeth Macocco est une autre Claire Lannes charnelle et touchante et le texte de Marguerite Duras, avec des mots inoffensifs, laisse doucement place à une tension dramatique hors des chemins qu’avait choisis Claude Régy autrefois, ou plus récemment Marie-Louise Bischofberger.
Francis Dubois

THEATRE ARTISTIC ATHEVAINS
45, bis rue Richard Lenoir – 75011 – Paris
Renseignements et Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 43 56 38 32
www.artistic-athevains.com

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