Actualité théâtrale

Jusqu’au 21 mai au Monfort

« Le vide, essai de cirque # 19 »

Fragan Gehlker grimpe vers le sommet de la pyramide du théâtre Monfort, dont on découvre la belle architecture. Vingt-deux mètres au-dessus des spectateurs, c’est son but. Pour cela il dispose de cordes, mais celles-ci réservent à l’artiste bien des surprises, elles se détachent, se cassent, le laissant suspendu au-dessus du vide, tentant de renouer les deux bouts. Tel Sisyphe, il repart à l’assaut du sommet, sans se décourager, mettant en œuvre toutes les ressources de l’intelligence dont un homme est capable. Plus de cordes ? Il reste la passerelle ! Comment l’atteindre ? Il y a bien des câbles qui traînent dans les cintres ! Plus de cordes pour redescendre ? Il trouvera une solution ! La tension ne cesse de monter, du calme et de la lenteur du début à l’obstination finale. Pas un mot n’est échangé. Seuls le violon, un radio-cassette, la chute des cordes ou d’une table viennent rompre le silence.

Théâtre : le vide

Résultat de nombreux essais dont l’écriture s’est peu à peu enrichie depuis 2009, le spectacle, d’aucuns diront la performance, est né à Châlons-en-Champagne. Au départ un circassien qui travaille à la corde lisse, Fragan Gehlker. L’équipe s’étoffe avec un violoniste, manipulateur de toutes sortes de sons et accessoirement patineur, Alexis Auffray, et une circassienne dramaturge, Maroussia Diaz Verbèke.

Du cirque, on retrouve toutes les émotions : le rire, avec ces cordes qui semblent s’animer pour jouer des tours à l’artiste impassible face aux évènements, la peur, avec ces cordes qui se rompent brutalement laissant l’acrobate suspendu, l’admiration, face à ce corps qui semble se jouer du vide, qui se tend et se laisse glisser amoureusement le long de la corde.

Tendre vers un but, recommencer, échouer, recommencer encore en y croyant, ce n’est pas seulement à Sisyphe que l’on pense, on s’interroge sur l’absurdité de la condition humaine. Mais tendre vers un but, c’est exister et l’on se demande finalement comme l’artiste si Sisyphe ne peut pas être heureux. C’est un magnifique spectacle que nous offre ce trio.

Micheline Rousselet

Samedis 7, 14 et 21, lundi 9, jeudi 19, vendredis 13 et 20 à 20h, dimanche 8 et 15 à 16h

Le Monfort

Parc Georges Brassens, 106 rue Brancion

75015 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 56 08 33 88

www.lemonfort.fr

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • De si tendres liens
    Reprise de cette pièce « De si tendres liens », du mardi au samedi à 21 heures. Théâtre du Lucernaire 53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits... Lire la suite (7 août)
  • « Les enfants de la manivelle »
    Dans la grande foire qu’est devenu le festival « off » d’Avignon, il y a des pépites à découvrir, des moments rares de spectacle vivant inoubliable. Nous en avons évoqué quelques-uns avant de les... Lire la suite (18 juillet)
  • « Croustilleux La Fontaine »
    La Fontaine n’a pas écrit que des fables devenues, à juste titre, monument national et dont on ne cesse de pointer les visées morales plus complexes qu’il n’y paraît au premier abord. Rappelant que «... Lire la suite (8 juillet)
  • Le maître et Marguerite
    Nous avions présenté cette pièce ici : « Le maître et Marguerite » Vous pourrez la retrouver en Avignon, dans le OFFLire la suite (7 juillet)
  • Kiki, le Montparnasse des années folles
    Cette pièce est reprise au théâtre du Ranelagh, 5 rue des Vignes, 75016 Paris. Jusqu’au 29 juillet du mercredi au samedi à 20h30, le dimanche à 17h. retrouvez la critique ici : « Kiki »... Lire la suite (7 juillet)