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Un film d’ Ermanno Olmi (Italie)

"Le village de carton" Sortie en salles le 29 janvier 2014.

Les portes de l’église s’ouvrent à deux battants pour laisser entrer une grue qui permettra aux ouvriers d’aller décrocher, au-dessus de l’autel, le Christ sur sa croix. Tous les objets sacrés seront à leur tour enlevés et déposés dans des caisses.

Le vieux prêtre assiste, impuissant, à la désacralisation de son église sous le regard indifférent de quelques badauds.

Il s’agenouille et se réfugie dans la prière.

Il faudra l’entrée dans l’église vide d’un groupe de migrants sans papiers pour que le prêtre prenne conscience qu’il vaut mieux, plutôt que s’agenouiller devant une image, s’agenouiller devant les plus démunis qui souffrent.

Ermanno Olmi qui réalisa en 1978 "L’arbre aux sabots" , Palme d’or à Cannes et César du meilleur film étranger puis "La légende du saint buveur" qui obtint en 1988, le Lion d’Or à Venise, réalise avec " Le village de carton" un film humble, un apologue, une œuvre non réaliste dont chacun des éléments du récit a valeur de symbole.

Il y aborde le problème de la foi, le sens de le mission des hommes d’église et la valeur profonde des lieux de cultes qui, privés de leurs ors et de leurs oripeaux que sont les conformismes culturels et religieux, ne sont plus qu’une maison ouverte, sans exigence où peut se dresser un "village de carton", autrement dit le regroupement éphémère d’une poignée d’hommes, de femmes et d’enfants qui n’ont plus rien.

La sobriété de la réalisation n’a d’égal que l’interprétation débordante d’humilité de Michael Lonsdale, ce gigantesque acteur que l’âge a rendu magnifique.

Le sujet des migrants trahis par les passeurs et bannis par nos sociétés capitalistes inspire nombreux de nos cinéastes européens.

"L’E scale" de Kaveh Bakhtiari était déjà l’histoire d’une maison ouverte, la modeste habitation d’Amir à Athènes qui hébergeait des hommes en attente d’un hypothétique visa.

De façon moins frontale, Dyana Gaye traçait dans "Des étoiles" les portraits de migrants en quête d’un monde meilleur et qui se heurtent à un monde hostile.

"Ceuta, douce prison" relate les déceptions de ceux qui après d’interminables et coûteux périples croient avoir mis le pied en Europe quand ils ont enfin atteint Ceuta qui n’est qu’une prison à ciel ouvert.

"Le village de carton" place face à la foi et aux règles de l’église, le problème de l’immigration.

Ces films tous différents par la forme se rejoignent sur le fond et tracent ensemble un sillon d’humanité.

Francis Dubois

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