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Un film de Stefano Pasetto (Italie Argentine)

"Le voyage de Lucia" Sortie en salles le 3 août 2011

Lucia et Léa sont deux femmes que tout sépare. L’une, la plus jeune, débordante de vie, s’accommode d’un travail ingrat, dans une usine de conditionnement de poulets quand l’autre, installée dans une existence bourgeoise, donne pour son seul plaisir des cours de piano à de jeunes élèves. Lorsque les circonstances les amèneront à se rencontrer, elles resteront l’une et l’autre sur leurs gardes avant d’envisager un improbable voyage en bateau qui les conduira jusqu’en Patagonie et qui scellera une amitié qui, à défaut d’être durable, leur permettra de définir leur vrai choix de vie.

Pour amener à la naissance, au déroulement et à l’épanouissement de l’amitié d’exception liant les deux femmes et même s’il était sans doute nécessaire d’insister sur le contraste, fallait-il, pour autant, faire de Léa, jeune femme à l’élégance naturelle, raffinée et débordante d’enthousiasme, une ouvrière d’usine de poulets, trimant à la chaîne.
Il y a dans ce parti pris exagéré, quelque chose de dérangeant qui interroge.
En effet pourquoi, une ouvrière d’usine, surtout quand il s’agit pour elle d’une activité professionnelle provisoire, ne pourrait-elle pas porter des tenues vestimentaires recherchées et arborer un comportement enthousiaste décalé. Mais la personnalité fantasque de Léa, ses origines sociales confortables, ne suffisent pas à faire admettre l’ampleur extravertie du personnage.
D’autant que face à elle, Lucia est beaucoup plus attendue. Elle est une femme installée dans la société bourgeoise, mariée à un homme conventionnel, musicienne, au comportement timorée.
Et c’est ainsi que sous l’enveloppe irréprochable du film, sous ses qualités de construction et d’interprétation, persiste une sorte de doute. Avoir mis en place deux personnages de femmes contrastés dans le seul but de mettre en évidence le double revirement final.
Ce beau film, ample et généreux, d’une belle tenue, souffre tout au long de son récit, de ce qui, sans aller jusqu’à l’invraisemblance, prend parfois l’allure de la démonstration un peu appuyée.
Ce film qui relate une expérience érotique et sentimentale entre deux femmes est d’autant plus bienvenu, qu’en ce moment, en Italie, sous Berlusconi, la condition féminine est en danger et que la vigilance est de rigueur.
Francis Dubois

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