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Un film d’Emir Baigazin (Kazakhstan-Allemagne-France)

"Leçons d’harmonie" Sortie en salles le 26 mars 2014.

Astan, un jeune adolescent, vit avec sa grand-mère dans un village au Kazakhstan. C’est un garçon mutique, un élève brillant et perfectionniste qui se voit confronté, à l’intérieur du collège qu’il fréquente, à la corruption et à la violence.

Le jeune Bolat, chef du gang des mauvais garçons qui rançonne les collégiens, humilie un jour Astan devant ses camarades. Il joue également de sa notoriété pour s’acharner sur un nouveau venu dans la classe.

Silencieusement, Astan prépare une féroce et implacable vengeance contre l’oppresseur.

" Leçons d’harmonie " c’est l ’histoire du combat de la victime contre le pouvoir où l’intelligence et la détermination du faible inventent une réplique à la surpuissance du fort.

Le film tel qu’il est construit et photographié ne peut, en aucun cas, être réduit à l’anecdote.

Le récit est là, mais il est dans bien d’autres choses ; dans l’ampleur d’une histoire intime, dans sa complexité, l’élégance, la fluidité de l’image, dans l’enchaînement de situations simples auxquelles aucun effet n’ajoute ni discours, ni généralisation, ni ruse séductrice.

Emir Baigazin "aide" Astan à préparer sa revanche avec des plans qui seraient comme les cases, de dimensions égales, d’un échiquier.

La tension dramatique tient autant à l’inexpressivité brûlante du jeune comédien Timur Aidarbekov, qu’à la façon réaliste de filmer les objets, un verre, un stylo, un lavabo, un couteau, des chaussures qui acquièrent sous des lumières naturelles, sans trucage ni astuce, une présence qui densifie un récit presqu’abstrait.

"Leçons d’harmonie" un film d’une grande violence sans que jamais, à l’image, cette violence apparaisse.

Soit, elle est incluse au rituel et au naturel de la vie campagnarde (c’est à Astan, malgré son jeune âge que revient, dans une des premières séquences du film, le travail d’égorger un mouton, de le dépecer, de le vider de ses entrailles.) ; soit, elle est totalement absente de l’image par le recours à des ellipses narratives qui nous en dispensent. Les assassinats ne sont pas montrés et l’action reprend après eux, le plus loin possible dans le récit.

La cruauté humaine est à bannir et en toute logique, Astan se sent nanti de la mission de vengeance. Physiquement faible, il devra faire appel à son intelligence et à sa force inventive pour laver son honneur et punir la lâcheté de la délation.

"Leçons d’harmonie" a obtenu de nombreux prix dans des festivals comme Berlin (la meilleure image), Amiens (interprétation masculine), à Sao Paulo (Grand Prix) à Tokyo (Prix spécial du jury) et dernièrement à Angers (Grand Prix du Jury).

L’intensité dramatique du film doit beaucoup au jeu impressionnant du jeune interprète du rôle d’Astan dont le visage impassible masque la puissante dynamique intérieure du personnage et du récit.

Francis Dubois

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