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Un film de Christophe Honoré (France)

"Les Bien–Aimés" Sortie en salles le 24 Août 2011

Madeleine, dans le Paris des sixties, aura été une jeune femme imprudente, dans ses choix de vie autant que dans ceux de ses amours. Plus tard, elle est prête à pousser sa fille Véra sur cette même voie. Mais l’époque a changé et le prix de l’imprudence s’avère dorénavant parfois fatal.
Le récit romanesque commence en 1963 et s’achève en 2008. Il est ponctué d’événements saillants qui ont marqué certaines décennies et qui ont pour cadre la Prague des années 60, le Londres des années 90, Montréal au début des années 2000. Des voyages au gré des amours qui donnent au film sa respiration mais n’ont aucune vocation touristique.

Lorsque Madeleine arrive à Prague pour retrouver son mari, elle se trouve face au défilé des chars russes qui viennent d’envahir la Tchécoslovaquie.
Lorsque Véra est à Montréal pour rejoindre l’homme qu’elle aime, c’est la nuit particulièrement angoissée du 11 septembre.
Mais les repères historiques qui ponctuent le film ne sont pas les seuls témoins d’une époque et l’idée du temps qui passe se fait à travers les personnages, les vibrations de leurs sentiments, sans qu’il soit nécessaire d’insister sur les reconstitutions.
Si le film prend en charge quarante années, s’il les assume, s’il parle de choses déjà éloignées de nous et pourtant si proches et ressemblantes, le récit que nous propose Christophe Honoré reste dans la tonalité habituelle de ses réalisations.
Il est aérien, léger, fluide, ponctué des chansons simples et touchantes d’Alex Beaupain, compagnon de route complice du metteur en scène, au point qu’il serait dorénavant difficile d’imaginer une film de Christophe Honoré sans ces mélodies qui surviennent à tout moment du récit et s’intègrent si parfaitement au dialogue.
Les films de Christophe Honoré s’inscrivent dorénavant dans la paysage du cinéma français comme des oeuvres singulières dont la petite musique joue tant avec l’émotion qu’avec l’humour. L’espièglerie voisine avec la gravité comme le dialogue quand il devient chanson, et l’intimité des mélanges semble en relation avec la magie.
Les comédiens complices sont là, Ludivine Sagnier, Louis Garrel et Chiara Mastroïanni. S’ajoutent à eux Catherine Deneuve dans un jeu tout en retenue et modestie, Michel Delpech comédien mais également clin d’œil aux sixties ou encore le réalisateur Milos Forman dans une savoureuse prestation.
Il émane de "Les bien-Aimés" une douce mélancolie et le film pourrait se résumer à la réplique de Madeleine :"Je ne crois pas au bonheur mais cela ne m’empêche pas d’être heureuse". C’est, à défaut d’être ce à quoi nous aspirons, ce dont nous allons devoir nous contenter…
Un beau film qui s’ajoute à la filmographie déjà fournie et talentueuse de Christophe Honoré.
Francis Dubois

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