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Un film de Axel Salvatori-Sinz (France)

"Les Chebabs de Yarmouk" Sortie en salles le 18 mars 2015

culture/cinéma Dans le plus important camp de réfugiés palestiniens du Moyen-Orient, créé en Syrie en 1957, une bande de potes partagent le quotidien et se cherchent un avenir.

Troisième génération d’exilés, ils ne rêvent plus d’un retour en Palestine. Leur appétit de vivre, de projets, leur désir d’ailleurs, ressemblent à ceux de tous les jeunes gens, partout dans le monde à la différence près que pour eux qui vivent dans une dictature, les projets se heurtent aux murs du camp.

Mais au seuil de leurs choix existentiels, l’histoire les rattrape. En mars 2011, la révolution éclate en Syrie. Le camp est en grande partie détruit, leur vie bouleversée.
Le film tourné juste avant les événements qui vont les séparer, retrace les derniers moments qu’ils auront passés ensemble à Yarmouk.

Ici, le mot Chebab ne signifie pas "combattant de l’Intifada" mais simplement "mec", "gars".

Si le contexte est très présent tout au long du film d’Axel Salvatori-Sinz, il a pris soin de faire des quelques personnages qui traversent le récit, des êtres humains, des individus jeunes (ils ont entre 22 et 26 ans) dont les aspirations et les souffrances sont universelles.

Tous sont issus de familles communistes et vivent sous un régime où tout est surveillé, contrôlé, où il n’y a ni propositions ni loisirs alors que chacun rêve de voyager, de vivre et de liberté.
Ceux qui apparaissent dans le film appartiennent (ou souhaitent appartenir) au monde artistique et parviennent parfois à trouver des petits boulots.

Leur quotidien est fait de moments volés à une situation fermée et leur seule liberté est de monter sur un toit ou une terrasse où boire en thé en discutant. Le plus clair de leur temps, ils le passent à discuter entre eux, à méditer, manger, boire et fumer.
Ces jeunes n’ont pas de nationalité. Ils sont considérés comme des réfugiés palestiniens et non comme des citoyens. Ils n’ont ni le droit de vote, ni le droit de propriété et ne peuvent quitter la Syrie.

Le camp de Yarmouk, qui devait être temporaire, correspond aujourd’hui à un quartier de Damas qui se situait en périphérie mais qui, au fil du temps, s’est étendu au point de devenir un véritable centre commercial et économique.

L’intégralité du film se situe à l’intérieur du camp, dans les appartements ou sur les terrasses et ce huis-clos reflète leur manière de vivre. Ils vivent sous la contrainte d’une dictature, n’ont rien à faire et disposent de très peu d’argent. Le seul repli possible est de vivre dans la sphère familiale ou amicale.

On sent Axel Salvatori-Sinz très proche de ses personnages. Sa caméra, comme prise d’élans affectueux filme les visages au plus près et il naît de cette proximité, de beaux moments d’une émotion fraternelle. C’est comme si, privés de toutes choses, les personnages se donnaient les uns aux autres le meilleur et le plus intime d’eux-mêmes, et si les circonstances faisaient qu’étaient écartés des relations tous les sentiments négatifs qui pourraient s’installer entre des êtres humains.

Lorsque la révolution est arrivée, le camp a été détruit à 60 % et la même guerre civile entre les pro et les anti Assad qui se produisait au niveau national se déroulait à l’intérieur du camp.
Aujourd’hui, les lieux où s’est déroulé le tournage n’existent plus et le film a gagné le statut d’archive contemporaine.
La plupart des protagonistes du film sont parvenus à sortir du camp. Sauf Hassan qui réalisait des films sur le camp et servait de relais entre les médias locaux et internationaux. De ce fait, il figurait sur une liste noire et son engagement lui a coûté la vie.

Bravo au réalisateur d’avoir filmé avec tant de douceur humaine, une réalité douloureuse.
Ce film, tellement dur en arrière-plan, est une leçon de vie.

Francis Dubois

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