Actualité théâtrale

Théâtre 14 – jusqu’au 31 décembre 2014.

"Les Coquelicots des Tranchées" Texte de Georges-Marie Jolidon – Mise en scène Xavier Lemaire.

Depuis le départ au front du fils, la famille Lesage, sous l’autorité sans faille de la mère Gertrud, tente vaille que vaille de mener au mieux l’exploitation agricole qu’elle possède dans l’Est de la France.

Le Père Thomas, vieux serviteur dévoué, Julie la servante, la petite Louise et Mathilde, la bru font de leur mieux. Mais quand Hector tombera dans les tranchées à Verdun, il faudra bien que Gertrud, en dépit de sa haine de l’ennemi, accepte sous son toit la présence d’un prisonnier allemand pour aider aux travaux de la ferme.

Théâtre : "Les coquelicats des tranchées"

La pièce de Georges-Marie Jolidon est une fresque à la fois intimiste et ample qui rend compte de ce qu’a été la guerre de 14-18 (dont chacun espérait qu’elle serait de courte durée), à travers l’histoire, au cours de ces quatre années, de la famille Lesage.

Une famille de petits propriétaires terriens, à l’image de milliers d’autres à travers la France, qui a tenté de surmonter les épreuves successives et de garder jusqu’au bout, espoir et dignité.

Au cours de cette narration linéaire et démonstrative, alternent les scènes de la vie quotidienne, des scènes de combat dans les tranchées, des moments décisifs dans les quartiers généraux, une scène dans un lupanar réservé aux officiers.

Cette succession de moments contrastés, grâce à la mise en scène adroite de Xavier Lemaire et au dialogue ciselé de Georges-Marie Jolidon, bénéficie d’une fluidité telle que l’échafaudage narratif n’est jamais lassant et que jamais, il ne devient "systématique".

Les généraux décident des batailles meurtrières, les soldats se battent et les femmes subissent les épreuves avec stoïcisme.

Les personnages, même s’ils appartiennent au catalogue attendu, ne sont jamais caricaturaux. Chacun d’eux, pris dans l’étau d’un quotidien éprouvant, nous amène ici et là, au hasard des événements saillants, à des moments d’une émotion comme il est rare de la ressentir au théâtre.

A quoi tient que ce théâtre, dans la pure tradition narrative, sans la moindre audace de mise en scène, ne bénéficiant sans doute que de moyens modestes, soit aussi efficace dans sa démarche ?

On est peut-être, avec ces " Coquelicots des Tranchées ", face à un exemple de vrai théâtre populaire, celui qui se contente de rendre compte sans méandres dans le déroulement des faits, ni coquetterie narrative, en jouant adroitement avec les codes de la comédie et du mélodrame, de nous offrir une galerie de personnages vrais, dans les contrastes d’humeur auxquels les expose une histoire simple puisée dans la grande Histoire avec sans doute beaucoup de justesse.

La distribution est parfaite, dominée par une Bérangère Dautun (de la Comédie Française) altière.

Ni sur-jeu, ni morceaux de bravoure, mais des interprétations subtiles, sensibles, au service de dialogues qui laissent de côté les mots d’auteurs pour mieux nous conduire à l’émotion.

Le théâtre 14 qui reste fidèle à une ligne de programmation sans prétention, est-il devenu un lieu de résistance ?

Un lieu culturel qui, loin de céder à tout effet de "mode", nous propose des spectacles de divertissement exigeants qu’on applaudit sans arrière-pensée et dont on ressort satisfaits.

Francis Dubois

Théâtre 14- 20, avenue Marc Sangnier 75 014 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative 01 45 45 49 77

www.theatre14.fr

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Ruy Blas »
    Cet été le château de Grignan se met à l’heure de l’Espagne du XVIIème siècle pour accueillir le drame romantique de Victor Hugo. La reine d’Espagne vient d’exiler Don Salluste qui a déshonoré une de ses... Lire la suite (21 juillet)
  • La nuit juste avant les forêts
    Tout d’abord, il y a le texte, dur, puissant, superbe, qui résonne fortement avec l’actualité. Et pourtant, Bernard-Marie Koltes l’a écrit et fait représenter dans le Off d’Avignon en 1977. Il ne sera... Lire la suite (20 juillet)
  • Alain Paris chante les fables de La Fontaine
    Est-ce l’horaire ? Est-ce le lieu très excentré près des remparts de l’Oulle ? Il y avait peu de monde pour ce joli spectacle et c’est bien dommage. Alain Paris chante les fables de La Fontaine,... Lire la suite (17 juillet)
  • Beaucoup de bruit pour rien
    La modernité de cette pièce écrite en 1600 est saisissante. Elle est accentuée par la mise en scène intelligente de Salomé Villiers et Pierre Hélie. L’action est placée dans un cadre qui évoque tout... Lire la suite (8 juillet)
  • « Dévotion, dernière offrande aux dieux morts »
    Clément Bondu, écrivain, poète, musicien et metteur en scène en résidence aux Plateaux Sauvages signe le texte et la mise en scène de ce spectacle dont il nourrissait le projet depuis plusieurs années... Lire la suite (3 juillet)