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Les PIAL Une expérimentation, beaucoup de questions

Alors qu’ils n’étaient censés être qu’expérimentaux et n’ont pas été évalués, les Pôles inclusifs d’accompagnement localisés (PIAL) ont été intégrés au projet de loi "pour une école de la confiance" adopté en première lecture à l’Assemblée nationale mardi 19 février.
Ils correspondent à une nouvelle forme d’organisation, dont l’objectif affiché est de coordonner les moyens d’accompagnement humain en fonction des besoins des élèves en situation de handicap. Dans ce cadre visant avant tout à limiter le nombre d’AESH (Accompagnants d’élèves en situation de handicap), l’accompagnement mutualisé devient la norme, l’accompagnement individualisé l’exception.

Ce nouveau-né, présenté à l’occasion de la concertation " Ensemble pour l’école inclusive" (juillet 2018 - février 2019), est censé répondre à trois besoins :
- 1) améliorer l’accueil et l’accompagnement des élèves en situation de handicap, dans le cadre d’une démarche de qualité ;
- 2) faire évoluer (dans le bon sens ?) les modalités de travail des AESH ;
- 3) permettre une souplesse organisationnelle de l’accompagnement humain.

Qu’est-ce qu’un PIAL dans le second degré ?
Un chef d’établissement prend la responsabilité de l’organisation du travail d’un groupe d’AESH (toujours recrutés par le rectorat), affecté à un ou plusieurs établissements et écoles. Il établit leur emploi du temps, lequel peut varier au fil des semaines tant en termes d’élèves accompagnés, que d’horaires ou de lieu d’exercice. La volonté d’être au plus proche des besoins des élèves se traduit alors en exploitation des AESH.
Dans le premier, cette tâche est prise en charge par l’IEN-ASH.

Expérimentation ? Préfiguration ?
L’année 2018-2019 est une année d’expérimentation : 294 PIAL (1er degré, 2nd degré et inter-degrés) ont été implantés, soit en moyenne 12 par académies.
Le SNES-FSU conteste que l’on puisse parler d’expérimentation, pour trois raisons. D’abord, une expérimentation avait déjà été menée l’année précédente dans deux départements. Ensuite, le nombre d’implantations, réparties dans toutes les académies, montre que nous sommes au-delà du stade de la simple expérimentation. Enfin, expérimentation veut dire bilan, évaluation, et sur cette question le ministère est peu disert. A l’aune de quels critères seront évaluées l’efficacité et la pertinence des PIAL ? De même, aucune réponse claire n’était donnée quant à l’avenir des PIAL jusqu’à leur apparition surprise dans un amendement du gouvernement (article 5 quinquies) lors du débat sur la loi pour une école de la confiance. De ce fait, l’expérimentation apparaît a posteriori comme une préfiguration.

Une absence de cadrage
Aucun texte réglementaire ne définit précisément ce qu’est un PIAL. Le seul critère réside dans la mutualisation de l’accompagnement humain. En ce qui concerne les moyens alloués (matériels et humains) et les modalités précises d’organisation, le flou demeure.

Expérimentation = déréglementation
Le PIAL ne résiste pas à un examen attentif. Il repose sur l’idée que l’accompagnement mutualisé, dans le cadre d’un nouveau mode de gestion des AESH, serait la solution à l’amélioration des conditions de scolarisation des élèves en situation de handicap. Quel est l’étayage scientifique de ce paradigme ? Aucune réponse n’est donnée.
Le cadre de l’expérimentation est bien pratique. L’institution n’est justiciable devant aucun texte, puisqu’aucun n’existe. Aucun engagement n’est pris, seulement une déclaration de bonne intention, qui associe judicieusement rationalisation budgétaire et valeurs humanistes.

Notre avis
Le PIAL est né d’un paradigme à l’œuvre, celui de la promotion de l’accompagnement mutualisé au détriment de l’accompagnement individualisé. Ce paradigme, plus budgétaire que scientifique, peine à convaincre au regard du flou qui entoure l’expérimentation en cours. Il est difficile d’être convaincu que le PIAL vise avant tout le bien des élèves (et donc des familles), ainsi que l’amélioration des conditions de travail des personnels. Il est l’option choisie par le ministère de l’éducation nationale pour résoudre son bras de fer avec les MDPH (Maison départementales des personnes handicapées), qui prescrivent en toute indépendance aux élèves qu’elles suivent un accompagnement humain que l’éducation nationale doit ensuite payer.
Le PIAL n’est pas une réponse à la demande de revalorisation du métier d’AESH que nous portons.
Par ailleurs, il laisse totalement de côté la question de la réalité du travail des enseignants (préparation de cours, formation aux adaptations pédagogiques liées à l’accueil des élèves en situation de handicap, suivi de ces élèves...) et ne prend aucun engagement sur cette autre question cruciale qu’est celle des effectifs des classes ordinaires.

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