Actualité théâtrale

Jusqu’au 28 mai au Théâtre 13/Seine

« Les Peintres au charbon » Réduc’Snes

En 1934, au Royaume-Uni, des mineurs se voient, dans un cadre syndical, proposer des cours d’initiation à l’art. Certains auraient préféré un cours d’économie mais il n’y avait pas de professeur disponible ! Le professeur qui arrive, avec son nœud papillon, son projecteur et ses diapositives, se trouve face à des mineurs qui n’ont jamais vu un vrai tableau et découvre un monde qu’il ignore entièrement, celui d’hommes qui depuis leur enfance font un travail pénible et dangereux. Très vite il va abandonner son cours d’histoire de l’art pour passer à la pratique. C’est d’abord leur environnement, leur vie quotidienne que ces mineurs vont peindre, mais pas seulement. Venus là juste pour « découvrir ce que les images veulent dire », ils vont se mettre à la tâche et ce faisant apprendre à regarder, à développer leur réflexion et leur esprit critique sur l’art, mais aussi sur la société.

Théâtre : les peintres au charbon

S’inspirant d’une histoire vraie, Lee Hall, aussi scénariste du film Billy Elliot, a écrit cette pièce magnifique. On y entend un discours sur l’art mais pas seulement. Ces mineurs découvrent que le monde de l’art les concerne aussi et n’est pas réservé à une élite fortunée. Des questions techniques on passe à d’autres questions. Pour qui peint-on ? Pour soi-même, pour un marché, pour l’argent, pour faire passer un message, pour changer la société ? Ils découvrent l’art abstrait, le monde des collectionneurs avec son aristocratie snob et les questions politiques suivent. Quelle est la valeur du travail, de quelle marge de liberté dispose-t-on ? Tous travaillent, peignent, s’interrogent et tous aspirent à une société plus juste et veulent avancer ensemble.

Les acteurs, tous très justes, cernent bien la personnalité du professeur avec sa générosité mais aussi ses préjugés et celle de chacun de ces cinq mineurs, le socialiste, le jeune chômeur, le responsable syndical qui n’arrive pas à sortir d’une vision plutôt bureaucratique des choses et celui qui lit et s’implique plus que les autres. Le dispositif trifrontal choisi par le metteur en scène installe les spectateurs au plus près des acteurs, leur donnant une place de témoin privilégié. Une vidéo indique les dates et les lieux de l’action. Les peintres posent sur le tableau du fond des toiles blanches censées être leur œuvre et qu’ils décrivent, commentent, discutent. Des cadres vides accrochés tout autour de la scène les accompagnent dans leur visite au Musée ou chez la riche collectionneuse. Magie du théâtre, on n’a pas besoin de voir les peintures pour suivre ce qui se passe dans la tête de ces hommes.

Quand la pièce s’achève, les grandes avancées sociales de l’immédiat après-guerre ont été en partie balayées par Margaret Thatcher et ses successeurs. Les mines ont fermé mais le Musée qui présente les œuvres des mineurs au charbon est toujours là et tandis que les acteurs entonnent en chœur un hymne au « working hero », on découvre enfin ces peintures.

Un magnifique moment d’humanisme et de fraternité, une ode respectueuse à ces mineurs dont le combat est passé par l’art et la culture.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h

Théâtre 13 / Seine

30 rue du Chevaleret, 75013 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 88 62 22

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Ruy Blas »
    Cet été le château de Grignan se met à l’heure de l’Espagne du XVIIème siècle pour accueillir le drame romantique de Victor Hugo. La reine d’Espagne vient d’exiler Don Salluste qui a déshonoré une de ses... Lire la suite (21 juillet)
  • La nuit juste avant les forêts
    Tout d’abord, il y a le texte, dur, puissant, superbe, qui résonne fortement avec l’actualité. Et pourtant, Bernard-Marie Koltes l’a écrit et fait représenter dans le Off d’Avignon en 1977. Il ne sera... Lire la suite (20 juillet)
  • Alain Paris chante les fables de La Fontaine
    Est-ce l’horaire ? Est-ce le lieu très excentré près des remparts de l’Oulle ? Il y avait peu de monde pour ce joli spectacle et c’est bien dommage. Alain Paris chante les fables de La Fontaine,... Lire la suite (17 juillet)
  • Beaucoup de bruit pour rien
    La modernité de cette pièce écrite en 1600 est saisissante. Elle est accentuée par la mise en scène intelligente de Salomé Villiers et Pierre Hélie. L’action est placée dans un cadre qui évoque tout... Lire la suite (8 juillet)
  • « Dévotion, dernière offrande aux dieux morts »
    Clément Bondu, écrivain, poète, musicien et metteur en scène en résidence aux Plateaux Sauvages signe le texte et la mise en scène de ce spectacle dont il nourrissait le projet depuis plusieurs années... Lire la suite (3 juillet)