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Un film de Claudine Bories et Patrick Chagnard (France)

"Les Règles du Jeu" Sortie en salles le 7 janvier 2015.

Lolita est trop franche et n’aime pas sourire. Kevin ne sait pas toujours exprimer ses pensées. Il ne sait pas se "vendre". Hamid "a une dent" contre les chefs et c’est dommage quand on est à la recherche d’un emploi. Thierry est direct, spontané et ne manque pas de charme.

Ils ont tous les quatre entre 18 et 20 ans et, en commun d’avoir quitté l’école sans le moindre diplôme.

Ils ont signé un contrat de formation et pendant six mois, les conseillers d’un cabinet de placement vont leur donner les "recettes" de comportement et de langage qui leur permettront de convaincre un employeur au cours d’un entretien d’embauche.

A travers cet apprentissage, le film de Claudine Bories et Patrick Chagnard va révéler l’absurdité de ces nouvelles "règles du jeu".

Cinéma : "Les règles du jeu"

Mis à part Thierry qui semble prêt à faire des concessions et à qui un look de charmeur laisse une marge de chance pour obtenir un emploi, les jeunes gens qu’on suit dans le déroulement de leurs recherches, semblent cumuler les handicaps.

Ils sont le produit direct de notre société. Le surpoids de Lolita est certainement lié à une situation familiale compliquée et au fait, qu’issue d’un milieu modeste et faisant partie d’une fratrie nombreuse, elle n’a pas bénéficié d’une alimentation toujours équilibrée.

Hamid qui a dû abandonner l’idée d’une carrière de joueur de foot où il avait fondé tous ses espoirs, se complaît dans les manifestations d’un caractère revanchard et hostile à tout.

Kewin semble se satisfaire d’une situation provisoire à reconduire. Il explique sa difficulté à s’exprimer par une scolarité ratée.

A notre époque où une éventualité d’embauche se limite le plus souvent aux propositions en pointillé de boites d’intérim, où on considère comme une fin en soi un contrat de six mois, où toute ambition de carrière a disparu, les perspectives d’avenir sont courtes.

Tout projet d’autonomie financière est écarté pour ces jeunes gens, tout comme prétendre à un logement, ou fonder une famille.

Dans "Les règles du jeu" la démarche est la même que dans le précédent film du duo de réalisateurs, "Les arrivants" où ils filmaient des demandeurs d’asile : filmer au plus près, sans à priori, ce qui arrive à des individus confrontés au jour le jour à un problème de société et tenter de répondre à la question, "qu’est-ce que c’est que de vivre ça ?".

Le choix s’est porté sur "Ingeus", une société privée du Nord-Pas-de Calais, une région où le chômage des jeunes est le plus préoccupant.

"Ingeus" présentait, par rapport aux Missions locales, l’avantage de soumettre les demandeurs d’emploi à des rendez-vous réguliers et cette réglementation était précieuse dans le cas de cinéastes qui pratiquent un "cinéma documentaire de personnages".

La bourse de 300 € mensuels qu’alloue "Ingeus" aux jeunes sous contrat avec eux, les engage à respecter un rythme soutenu de rendez-vous, ce qui permettait aux cinéastes de pouvoir travailler dans une continuité.

"Les règles du jeu" est un documentaire qui utilise les outils de la fiction. Le film se déroule dans un espace unique et, l’isolement de chacun des personnages, les face-à-face répétés, débouchent sur une vraie forme dramaturgique.

Les cartons qui fragmentent le film en chapitres titrés permettent de faire une incursion par le récit, de casser le réalisme, d’introduire une sorte de distance et de créer une intimité avec chacun des protagonistes.

Le spectateur investi est amené, comme dans certains cas les coachs eux-mêmes, à partager les résultats fluctuants de l’un ou de l’autre, à se réjouir d’un contrat acquis ou à s’attrister d’échecs répétés.

Francis Dubois

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