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Un film de Merzak Allouache (France –Algérie)

"Les Terrasses" Sortie en salles le 6 mai 2015

De l’aube jusqu’à la nuit, au rythme des cinq prières de la journée, s’agitent les occupants permanents ou ponctuels des terrasses d’immeubles délabrés dans cinq quartiers d’Alger, ceux de Notre Dame d’Afrique, de Bab El Oued, de la Casbah, de Telemly et de Belouizdad (Belcourt).

Merzak Allouache, comme à son habitude, porte un regard sans concession sur l’Algérie actuelle.

Les algérois qui ont trouvé refuge sur les terrasses, qu’ils occupent une ancienne buanderie depuis des années, qu’ils soient une bande de jeunes qui y viennent clandestinement pour réaliser un film à l’arrache ou répéter de la musique, qu’ils soient des trafiquants venus torturer un homme de qui on veut obtenir une signature, qu’ils aient choisi une terrasse pour une réunion de propagande ou pour se livrer à des séances d’exorcisme, ils représentent tous, par le biais d’une mosaïque humaine, une société explosée, à la dérive, qui semble avoir perdu son point d’ancrage.

Cinéma : les terrasses

On retrouve dans " Les terrasses " le désarroi (mais aussi une faible lueur d’espoir) d’une société qui était déjà lisible dans " Omar Gatlato" en 1976, dans "Bab El Oued City " en 1994 ou dans le plus récent " Harragas " où l’on voit des jeunes gens prêts à tout pour quitter un pays sans espoir, brûler leurs papiers, prendre la mer au péril de leur vie.

Pourtant, si Merzak Allouache porte sa caméra dans une plaie ouverte, son film échappe à un constat résolument noir.

Si son récit montre une vieille femme aux prises avec une nièce à la dérive et un petit neveu pris dans l’enfer de la drogue, un trafiquant influant jouer de son pouvoir, un militant religieux qui n’applique pas les règles qu’il défend, une jeunesse à la recherche d’activités valorisantes auxquelles elle ne croit pas vraiment, la noirceur du récit n’est jamais totale.

Si le film dénonce le sort terrible qu’une société peut réserver à un homme qui a perdu la raison (et peut-être aidé à l’indépendance du pays), il peut être éclairé ici et là et souvent d’une façon d’autant plus bienvenue qu’elle est imprévisible, par un personnage ou une situation qui interviennent, en rupture avec la ligne sombre du film, comme une lueur d’espoir et d’humanité.

Ainsi ce policier à la retraite et malade qui vient au secours des plus déshérités, qui dénonce par son attitude une société à laquelle il a pu pourtant appartenir.

Ainsi, cette étrange gamine qui rend sa liberté au "fou de la révolution" qu’on a enfermé, tel un chien dans une sorte de niche d’où il n’est jamais sorti depuis des années.

Ainsi cette jeune femme chanteuse qui laisse apparaître sa vraie nature, même s’il est trop tard.

"Les terrasses" n’est pas le seul constat désespéré d’une société prise entre privilège des nantis et dérive des laissés pour compte.

Le propos du film ne se réduit pas à un cri d’alarme. C’est un récit dont la construction ciselée dénonce autant qu’elle le nuance, le propos général.

Les différentes histoires sont indépendantes les unes des autres. Merzak Allouache, en les juxtaposant, en les faisant s’entrecroiser parfois de façon subtile, réussit un de ses plus beaux films.

Francis Dubois

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