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Un film de Benoît Jacquot (France)

"Les adieux à la reine" Sortie en salles le 21 mars 2012

En 1789, alors que le Révolution s’annonce, que le tumulte gronde à Paris, Versailles continue à vivre dans l’insouciance et dans la légèreté.

Lorsque la nouvelle de la prise de la Bastille se répand à la Cour, un vent de panique survient. Nobles et serviteurs désertent alors le château abandonnant dans la hâte le protocole et les convenances.

Sidonie Laborde, lectrice attitrée de la souveraine et toute dévouée à elle, refuse de croire aux bruits qui courent. Très appréciée de Marie-Antoinette, elle se sent protégée par elle, et loin d’elle est l’idée que ces trois journées de juillet sont les dernières jours qu’elle vit à ses côtés.

S’attachant au personnage de Sidonie, et faisant entrer dans le récit les liens passionnels censés avoir existé dans cette période de bouleversements entre Marie-Antoinette et Gabrielle de Polignac, le film de Benoît Jacquot n’est pas un film historique mais une histoire qui éclaire sur l’effondrement d’un monde, sur des événements qui ont frappé les esprits et dont les conséquences se mesureront à posteriori.

Adapté du roman éponyme de Chantal Thomas couronné par le prix Fémina en 2002, il est une sorte de caméra témoin qui ouvre sur l’univers clos de Versailles, sur le Petit Trianon, la Galerie des Glaces, mais donne aussi accès à l’enfilade de couloirs décrépits, des logements sinistres où s’entassaient les nobles de la Cour pour rester près du roi, les réduits et les combles où couraient les rats et où vivaient les servantes de la reine.

Dans le roman de Chantal Thomas, Sidonie était une femme de soixante-cinq ans, émigrée à Vienne, qui se penchait douloureusement sur son passé.

Benoît Jacquot et Gilles Taurand, son scénariste, ont transformé le personnage en une très jeune fille qui, à la différence des autres servantes insouciantes et délurées, n’a qu’un désir, celui de plaire à la reine, d’être considérée par elle et de demeurer dans son entourage proche. Elle est parfois récompensée de sa ténacité quand, la voyant souffrir de piqûres de moustiques, Marie-Antoinette passe elle-même sur sa peau tuméfiée, de l’huile de bois de rose calmante, sous le regard réprobateur de la première femme de chambre.

La souffrance de se retrouver seule et oubliée, Sidonie la reconnaîtra chez sa reine au moment où la Duchesse de Polignac quittera Versailles, mais ce sera une souffrance de plus, l’aiguillon de la jalousie.

Sidonie est intéressante pour le personnage qu’elle est, groupie amoureuse de sa reine, mais bien au-delà, par sa vision des événements à hauteur de sa vue. Faire partager au spectateur cette vision parcellaire et subjective des choses était le moyen pour le récit d’être le plus vivant possible et de lui éviter toute dimension passéiste.

Une des réussites du film, outre celle de montrer un château de Versailles comme on ne l’a jamais fait au cinéma, est de montrer comment l’information réussit à circuler et de quelle façon. Ce n’est qu’une rumeur avant de devenir une réalité qui s’est installée par bribes, par petits signes, évocations, avant même qu’on ait pris la mesure de ce qui arrive.

"Les Adieux à la Reine" est le magnifique portrait d’une jeune femme auquel Léa Seydoux donne une modernité troublante. C’est un film superbe dans la discrétion, la délicatesse et la vision frontale des choses.

Les personnages secondaires sont particulièrement bien dessinés. Celui de madame Campan magnifiquement interprété par Noémie Lvovsky, celui de Jacob Nicola Moreau que l’immuable Michel Robin jonglant avec l’ironie et le pathétique rend si attachant, d’Honorine (Julie-Marie Parmentier) ou Louison (Lolita Chammah), les servantes.

Francis Dubois

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