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Un film de Wang Bing (France – Suisse – Chine)

"Les âmes mortes" Sortie en salles le 24 octobre 2018

Dans la province du Gansu, dans le nord-est de la Chine, ont été découverts de nombreux ossements de prisonniers morts de faim, il y a plus de soixante ans. Ces ossements gisent aujourd’hui dans le désert de Gobi. Les victimes, qualifiés de « ultra-droitiers » lors de la campagne politique anti-droitiers de 1957, sont morts dans des « camps de rééducation » de Jiabiangou et de Mingshui.

A partir d’entretiens avec des rescapés, le film tente de faire comprendre qui étaient ces inconnus appartenant à l’ultra-droite ou parfois très éloignés du mouvement, et l’enfer qu’ils ont endurés.

Cinéma : Les âmes mortes

Des membres de la famille du réalisateur ainsi que des habitants du village où il a grandi ayant compté parmi les victimes de ces camps, celui-ci a été renseigné très jeune sur cette période particulièrement sombre de son pays. Mais les connaissances de cet épisode restaient très vagues. Il y avait eu répression. On savait qu’un grand nombre de personnes avaient été envoyés dans des camps de rééducation mais on ignorait tout de l’enfer qui avait été le leur ainsi que l’ampleur des purges, le nombre de ceux qui avaient péri, la dimension nationale du mouvement anti-droitier.

Wang Bing, à la suite de la lecture du roman de Yang Xianhui «  Adieu à Jiabiangou  » dont il a aussitôt acheté les droits pour le cinéma, est parti à la recherche d’individus qui avaient connu l’enfer des camps de rééducation, côtoyé chaque jour la mort et qui avaient résisté miraculeusement à la faim, au froid, à la maltraitance, à des conditions de vie terribles.
Les recherches ont été de plus en plus approfondies et petit à petit, au fur et à mesure des témoignages recueillis, se profilaient le projet d’un film et la définition de sa ligne maîtresse.

Le sujet allait être une suite de portraits d’hommes et de femmes qui revenaient sur l’épisode de leur longue captivité et à travers les révélations de ceux qui avaient échappé à la mort, en filigrane, la présence de tous ceux qui n’en sont pas revenus.

Mais comment construire le film tout en respectant la particularité, l’autonomie de chaque entretien qu’on pouvait, à priori trouver très voisins les uns des autres ?

Si la reconstitution chronologique semblait la plus logique et la plus claire elle ne mettait pas assez en valeur la parole des vivants et le silence des milliers de morts.

Et c’est un rapprochement des deux qui serait l’objet des «  Âmes mortes  ». et l’objectif qui s’imposait, c’est qu’à travers la mémoire des survivants, on puisse toucher la réalité de tous ceux qui étaient morts.

Il fallait trouver le moyen, à partir des récits de ceux qui étaient revenus à la vie et qui pouvaient témoigner, de donner la parole et de légitimer ceux qui avaient péri.

Tous les survivants qui sont aujourd’hui très âgés, affaiblis et conscients de leur mort prochaine allaient réhabiliter les disparus et ainsi faire cohabiter deux rapports à la mort : la mort dans les camps et celle due au vieillissement.

Dans un premier temps les témoignages renseignent à propos des droitiers, qui étaient-ils, comment pouvait-on se retrouver accusé ? Les entretiens suivants ouvrent sur les camps de travail et leur fonctionnement. Et enfin, dans un troisième temps, les témoignages renseignent en profondeur sur la vie des camps au quotidien.

Le tournage des séquences s’est étalé sur plusieurs années. Au total 120 entretiens ont été réalisés, soit environ 600 rushes.

Il en a résulté une film de huit heures qui sera projeté dans les salles en trois parties. La longueur de la projection ne doit pas faire obstacle à l’intérêt qu’on peut porter à cet épisode tragique de la Chine car la teneur des témoignages, la construction virtuose du film sont là pour garder en éveil de bout en bout.

Les camps de « rééducation idéologique par le travail » ont existé, existent et malheureusement, continueront d’exister....

Francis Dubois

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