Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Nabil Ben Yadir (Belgique-France)

"Les barons" Sortie en salles le 20 janvier 2010

Chaque être humain dispose à sa naissance d’un crédit de pas. C’est lorsque ce crédit arrive à épuisement que la mort survient. Si ceux qu’on appelle "Les barons" économisent leurs pas, s’ils ne se déplacent qu’en cas de nécessité absolue, ce n’est sûrement pas pour retarder le moment de quitter un monde où ils ne réalisent pas grand chose mais plutôt pour garder une blancheur immaculée à leur baskets le plus longtemps possible…
"Les barons" sont des glandeurs, des jeunes gens en décalage avec une société où la valeur suprême est le rendement. Leur philosophie consiste à prendre tout son temps aussi longtemps qu’il sera possible.
"Les barons" de Nabil Ben Yadir pourraient bien avoir passé la trentaine. Et leur certitude d’avoir, mieux que quiconque compris le système ambiant, ne les empêchent pas, ponctuellement, de s’interroger à propos du futur, poussés en cela par le voisinage, les regards extérieurs, une famille qui aimerait les voir répondre aux échéances ordinaires de la vie, trouver un travail, s’engager dans le mariage et envisager une descendance…
Hassan, Mounir, Aziz et Franck ne sont d’ailleurs pas totalement indifférents à des projets d’avenir. L’un aimerait se lancer dans une carrière d’amuseur sur la scène d’un cabaret, l’autre dans la révolution de l’épicerie traditionnelle et le troisième assumer sa passion pour les grosses cylindrées. Mais ils ont un rapport très complexe vis à vis de la réussite sociale et les procédures les plus évidentes sont remises en question pour ne surtout pas trahir leur philosophie profonde de la vie. La BMW dont ils rêvaient, ils l’acquièrent à plusieurs. Elle est rutilante, conforme à leurs souhaits même si elle reste le plus clair du temps garée le long du trottoir. Mais utilitaire ou non elle est pour ces dilettantes, un gage d’amitié et de confiance.

"Les barons" est une franche comédie, rythmée, souvent drôle, quelquefois pathétique et finalement dramatique pour laquelle Nabil Ben Yadir a renoncé à la technique éprouvée qui marque généralement les films à caractère social et qui traitent de la vie dans les quartiers : caméra à l’épaule, image saturée. Il utilise au contraire le scope qui donne un espace ample à des situations soutenues par des dialogues très écrits, imagés, fidèles à l’esprit de ce monde drôle, grinçant, égaré dans ses contradictions et sans doute pas dupe…
"Les barons" est, sous son apparence désinvolte, un témoignage poignant sur le fonctionnement faussé de nos sociétés.
Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « C’est ça l’amour »
    Depuis que sa femme a quitté le domicile, Mario assure le quotidien domestique et s’occupe seul de ses deux filles, Fida, quatorze ans, qui lui reproche le départ de sa mère et Niki, dix-sept ans, en... Lire la suite (23 mars)
  • « Still Recording »
    En 2011, Saeed a vingt ans. Étudiant ingénieur, il quitte Damas pour Douma et pour participer à la révolution syrienne. Quelque temps plus tard, il est rejoint par son ami Milad, étudiant aux... Lire la suite (23 mars)
  • « Sunset »
    1913, Irisz Leiter revient à Budapest après avoir passé son enfance dans un orphelinat. Son retour a Budapest est motivé par le désir de travailler dans le magasin de chapeaux dont autrefois, ses... Lire la suite (19 mars)
  • « Résistantes »
    Eveline, Zoulikha, Alice trois femmes aujourd’hui vieillissantes se sont engagées dans les rangs du FLN dès le tout début de la guerre d’indépendance algérienne. Déterminées à accomplir la mission qu’on... Lire la suite (18 mars)
  • « M »
    M. Menahem qui a été, alors qu’il était enfant, abusé par des membres de sa communauté, revient vingt ans après à la recherche des coupables dans son quartier natal de Bnel Brak, capitale mondiale des... Lire la suite (18 mars)