Actualité théâtrale

Jusqu’au 16 avril à l’Étoile du Nord

« Les bonnes »

Deux sœurs, Claire et Solange sont au service de Madame depuis des années. Lorsque celle-ci s’absente, les deux sœurs se lancent dans une cérémonie où l’une joue Madame en empruntant ses habits et ses chaussures. Ce rituel dans lequel se révèle leur fascination, mais aussi leur haine refoulée de leur maîtresse, ne peut avoir qu’une issue, la mort de Madame.
On pense bien sûr à l’histoire des sœurs Papin, mais Genet s’en défend. Dans la pièce, les bonnes ne mettent pas à mort leur maîtresse, c’est Claire, la plus jeune des bonnes, qui est tuée. Genet disait qu’écrire une pièce, c’était choisir un fait réel et le transformer en fait imaginaire. Il n’a pas fait de cette histoire une histoire de lutte des classes. Il dit « Les bonnes et Madame déconnent…c’est un conte, c’est à dire une forme de récit allégorique qui avait peut être pour premier but quand je l’écrivais de me dégoûter de moi-même…le but second étant d’établir une espèce de malaise dans la salle. » Un conte donc, une féérie qui doit fasciner le spectateur car le théâtre n’est pas là pour le divertir. Il y a du sacré dans le jeu des bonnes, quelque chose de beau et de terrifiant.

Dans sa mise en scène Guillaume Clayssen s’est mis au service de l’univers de Genet, plein d’inquiétante étrangeté et où le monde habituel apparaît déformé. L’espace des bonnes est un monde clos, personne n’accède à leur cérémonie. Toute la pièce se déroule dans la chambre de Madame, dont les sœurs ne peuvent s’échapper. Réduites à la solitude, elles n’ont que leur imaginaire et le jeu pour transgresser la réalité dont elles sont prisonnières. Ce lieu, le metteur en scène l’a rendu étouffant par une profusion de tentures et de rideaux qui entourent même les premiers rangs des spectateurs, les rendant plus proches du drame, réduisant la distance entre eux, gens normaux et les bonnes « anormales ».
Genet s’est toujours reconnu dans le monde des humiliés auquel appartiennent les bonnes. C’est pourquoi la mise en scène fait référence, dans le décor, à l’univers d’Annette Messager, fascinée par le rapport magique au monde qu’ont les humbles, et à celui de l’art brut. Une très grande importance est accordée aux costumes. En effet se vêtir est un acte social et si les robes de Madame ont la beauté excentrique et violente d’une bourgeoisie qui s’encanaille, celles des bonnes sont ternes et sans érotisme. Les bonnes ont pour les robes de leur patronne de la vénération et celle-ci est à l’origine de leur haine pour Madame. En les portant elles croient vivre une vie qu’elles n’ont pas, une vie qui les fascine et qui les renvoie à leurs frustrations. Le jeu sur les robes étalées par terre ou amoncelées en mur de fond de scène crée, à la fin de la pièce, la fascination et le malaise que recherchait Genet.
Les trois actrices nous entraînent dans l’imaginaire de Genet. Madame est jeune, belle, sexy et gaie, Solange est plus âgée que Claire, c’est elle qui mène le jeu de mort. Elles jouent à la fois furtivement et excessivement comme le voulait Genet. Elles sont toutes trois excellentes. Allez vite les voir à l’Étoile du Nord !
Micheline Rousselet

Mardi, mercredi et vendredi à 20h30, le jeudi à 19h30, le samedi à 16h et 19h30
L’Étoile du Nord
16 rue Georgette Agutte, 75018 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 42 26 47 47

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