Actualité théâtrale

au Théâtre Nanterre-Amandiers, jusqu’au 23 octobre

"Les chaises" d’Eugène Ionesco, mise en scène Luc Bondy

© Pascal Victor

Un couple de centenaires encore vaillants vit isolé sur une île. Leur existence est codée, rythmée par les histoires qu’ils ressassent et se racontent inlassablement. Il se sont aimés et s’aiment encore même si la vieille reproche au vieux une absence d’ambition qui a compromis la réussite sociale à laquelle il était destiné. Auteur et penseur, il est sur le point d’avoir sa revanche sur la médiocrité en révélant le message universel qu’il détient et qu’il va livrer à l’humanité. Un orateur professionnel sera chargé de transmettre à sa place ses révélations devant un auditoire constitué d’éminentes personnalités du monde entier. Chaque nouvel arrivant se voit proposer une chaise. Elles s’ajoutent une à une et seront bientôt si nombreuses qu’elle occuperont tout l’espace…
En 1968, Luc Bondy dont le père était un proche d’Eugène Ionesco, fut chargé de traduire "Victime du devoir", une pièce que le dramaturge s’apprêtait à mettre en scène. En 1972, il présente une première mise en scène des "Chaises" à Nuremberg.
Presque 40 ans plus tard, il récidive à Nanterre pour notre plus grand plaisir de spectateur…
Si, à l’époque où elle fut écrite -1952-, la pièce s’inscrivait dans la forme novatrice du théâtre de l’absurde, elle prend cette fois-ci, sur le plateau de la salle transformable des Amandiers, avec la mise en scène de Luc Bondy, une coloration presque réaliste. Luc Bondy fait le choix de centrer son travail sur la solitude de ce couple de vieux pathétiques et les dialogues prennent, dans leurs bouches, une résonance presque familière. Les deux comédiens hors pairs se chargent du reste et une grande partie du plaisir qu’on a à assister à ce spectacle, on la leur doit. Micha Lescot, méconnaissable est un "vieux" magnifique, inventif et drôle et tant mieux si avec Luc Bondy, il rompt avec un jeu désarticulé où on le voyait s’enfoncer de saison en saison. Dominique Reymond, comédienne orfèvre, joue dans tous les sens avec son personnage. Elle le monte, le démonte, le joue le déjoue. Là aussi, c’est magnifique…
Ils correspondent tout deux à la didascalie de Ionesco où il indiquait qu’il fallait choisir des acteurs jeunes pour interpréter les deux vieux.
Francis Dubois

Théâtre Nanterre-Amandiers
7 avenue Pablo Picasso 92022 Nanterre cedex
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 46 14 70 00
www.nanterre-amandiers.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « An Irish story »
    En 1949, Peter O’Farell quitte son pays l’Irlande du Sud à 19 ans pour venir chercher du travail à Londres, emmenant Margaret, sa jeune femme de 16 ans enceinte. Mais la vie à Londres est dure pour... Lire la suite (16 avril)
  • Voyage au bout de la nuit
    « Voyage au bout de la nuit » est repris du 16 avril au 1er juin du mardi au samedi à 21h Théâtre Tristan Bernard 6 rue du Rocher, 75008 Paris Réservations : 01 45 22 08... Lire la suite (12 avril)
  • « L’amour en toutes lettres »
    Dans les années 30, l’Abbé Viollet dirigeait des revues catholiques et s’occupait du courrier des lecteurs. Des hommes et des femmes lui confiaient leurs interrogations, leurs préoccupations, leurs... Lire la suite (12 avril)
  • « Deux mensonges et une vérité »
    Ne dîtes jamais à votre conjoint que vous vous connaissez par cœur, que, après vingt-sept ans de mariage, rien ne peut plus vous surprendre. C’est pourtant l’erreur que commet Philippe, et Catherine... Lire la suite (10 avril)
  • « Les chaises »
    On sort du théâtre de l’Aquarium avec l’impression d’avoir vu pour la première fois cette pièce, pourtant si souvent jouée comme il sied à un classique du XXème siècle. Parce que Ionesco est catalogué... Lire la suite (5 avril)