Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Tsai Ming Liang (Taiwan – France)

"Les chiens errants" Sortie en salles le 12 mars 2014.

Faute d’un emploi lucratif, un père vit de façon misérable avec ses deux enfants.

Le jour, il gagne pauvrement sa vie en faisant l’homme sandwich pour une société spécialisée dans la vente d’appartements de luxe pendant que son fils et sa fille hantent les grandes surfaces commerciales à la recherche d’échantillons de nourriture gratuits.

La nuit, la famille rejoint la partie épargnée d’un immeuble abandonné.

Une dizaine d’années après l’apparition de la première vague du cinéma taïwanais, les films de Tsai Ming Liang ont révélé un univers singulier, intime et solitaire, aussi pudique que cru, porté par la figure mélancolique ou burlesque de l’acteur Lee Kang Sheng.

Qu’il souffre en silence d’un mal qui le ronge ( La rivière) , qu’il épie par un trou dans le sol sa voisine d’immeuble (The hole) , qu’il se livre à un commerce malheureux sur un pont (Et là-bas, quelle heure est-il ?) ou qu’il circule en scooter dans les rues de Taipei, Tsai Ming Liang nous offre le portrait d’un homme mutique saisi pas une mélancolie urbaine, affublé du même nom et joué par le même comédien.

Vingt années durant (un peu comme François Truffaut le fit avec Léaud-Doinel), il fait jouer à son comédien fétiche différentes variations autour d’un même personnage reconnaissable à sa nonchalance, sa démarche burlesque, sa timidité audacieuse ou son goût de l’obsession.

Dans " Les chiens errants" , le réalisateur renoue avec la ville de Taipei, filmée ici dans un registre tragique où des pauvres gens et leurs enfants qui semblent avoir été oubliés par le monde sont obligés de vivre, de subsister, de trouver inlassablement, à chaque heure de chaque jour, une solution à des problèmes de logement, de nourriture, d’hygiène.

Ici, Tsai Ming Liang s’écarte de la narration traditionnelle, celle qui fait du cinéma un objet à raconter des histoires.

Le fil narratif est bousculé et des plans séquences hétérogènes fonctionnent sur la rupture et la discontinuité. La linéarité du récit échappe au moment où l’on croit le saisir et peu importe si le personnage de la même femme est interprété par trois comédiennes différentes ou si, subitement, dans ce qu’on pourrait appréhender comme une seconde partie du film, un basculement s’opère, modifiant complètement les décors et atmosphères, les personnages et les situations.

La fresque murale face à laquelle les personnages demeurent comme pétrifiés dans deux plans fixes immobiles étirés jusqu’à incommoder, s’est imposée au réalisateur comme une nécessité, lorsqu’il l’a découverte au cours de ses repérages.

Et s’il a fait appel à ses trois comédiennes fidèles pour incarner la même femme, c’est que, se sachant gravement malade, il a voulu les voir apparaître toutes trois dans ce qui pouvait être, au moment du tournage, sa dernière réalisation.

Une œuvre forte, fascinante, à recommander aux amateurs du cinéma asiatique.

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • "Des idiots et des anges"
    Dans le panorama conventionnel de l’animation américaine, Bill Plymton fait un peu figure de mauvais élève. Aux images de synthèse et à la fabrication par ordinateur, il a toujours préféré l’usage du... Lire la suite (Janvier 2009)
  • "Mutum"
    Mutum est un endroit perdu du Sertao, région montagneuse du centre du Brésil. C’est là que vit Thiago et sa famille. Le jeune garçon qui a pour seul ami son frère Felipe, est un rêveur. Il ne cesse de... Lire la suite (Janvier 2009)
  • "Choron dernière"
    Pierre Carles est un documentariste dont les méthodes d’investigation bien connues s’apparentent à celles utilisées par Michael Moore. Son dernier film ne prétend pas retracer l’ensemble de l’existence... Lire la suite (Janvier 2009)
  • "Un barrage contre le Pacifique"
    Institutrice en Indochine à la fin des années 20, la mère, à la mort de son mari, a abandonné l’enseignement et a investi ses économies dans l’achat de terres qui, régulièrement inondées par les montées... Lire la suite (Janvier 2009)
  • "Erik Nietzsche"
    A la fin des années 70, Erik Nietzsche qui a toujours pensé qu’il était destiné à devenir cinéaste, entame des études à l’Ecole danoise de cinéma. Timide et réservé, maladroit et décalé, déçu à la fois par... Lire la suite (Janvier 2009)