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Un film de Igor Minaiev (France Russie)

"Les clairières de lune" Sortie en salles le 6 mai

Andreï et Nina se revoient aux obsèques de leur mère après dix ans de séparation. Nina, jeune femme récemment divorcée, vit à Saint-Petersbourg. Aussitôt après l’enterrement, elle chasse ce frère instable, au tempérament fiévreux, de l’appartement familial où elle ne veut pas le voir s’installer. Mais il réapparaît et c’est alors que ressurgit, avec une force nouvelle, une attirance amoureuse qui les avait liés autrefois. Malgré la force de l’attirance, ils opposent une résistance farouche à leur amour l’un pour l’autre, sachant qu’un pas de trop dans ce sens pourrait les conduire à leur perte.
SNES_LesClairieresDeLune Mais ni la jeune femme amoureuse d’Andreï, ni les incursions joviales de l’ex mari de Nina, pas plus que les tentatives de l’un et l’autre pour sortir de cet enfermement auquel les condamne cet amour, ne parviennent à couper cours à un engrenage tragique. Ils restent, quoiqu’ils aient pu tenter, impuissants face à leur destin.
Le film s’ouvre sur un spectacle de marionnettes qui donne sa tonalité au récit. Il introduit la dimension dramatique qui chargera d’arrière plans et de références tragiques, les moments les plus anodins, les plus quotidiens et les détournera sans cesse d’un réalisme pourtant lisible. Ce frère et cette sœur, personnages plausibles au premier degré de la narration, sont soumis à un décalage qui, parfois, au détour d’un effet de lumière, d’un jeu d’ombres qui menace, ou d’une insupportable crise d’eczéma où se débat Nina, se trouvent projetés dans une sorte de domaine intermédiaire, à la limite de plusieurs genres narratifs. Pour quelle raison profonde, Nina tient-elle tant à ce que les écrits de Andreï soient publiés ? Est-ce pour des raisons économiques ? A-t-elle besoin de faire appel à un élément extérieur fort pour échapper au destin qu’elle pressent menaçant ou bien est-ce au contraire pour renforcer le danger et précipiter l’issue fatale ?
Des conflits de plus en plus fréquents éclatent entre Nina et Andreï, une instabilité grandissante s’installe dans leurs rapports pendant que, pour des raisons financières, l’appartement familial se vide de son mobilier, réduisant l’espace et laissant apparaître aux murs le contour poussiéreux de l’ancienne présence.
Le film maintient d’un bout à l’autre son récit dans ce registre passionné et fragile et ses personnages de plus en plus isolés sont confrontés à la menace constante du monde extérieur. Le récit est émaillé d’événements insolites, décalés, souvent brefs à propos desquels on s’interroge. L’intervention subite d’une brigade armée cagoulée au moment où l’on emporte le buffet, pièce maîtresse du mobilier de l’appartement, appartient-elle à la réalité ou bien est-elle le fruit de l’imaginaire ?
Pour Nina et Andreï, il a toujours été trop tard. La force de leur amour aura été leur faiblesse et le danger qu’ils sentaient roder n’aura jamais été qu’en eux-mêmes.
"Les clairières de Lune" est une belle aventure humaine aux limites du réalisme, du conte et de la tragédie.
Francis Dubois

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