Actualité théâtrale

au Théâtre Nanterre Amandiers, jusqu’au 13 février

"Les coloniaux" de Aziz Chouaki, mise en scène de Jean-Louis Martinelli

Ce texte a été commandé à Aziz Chouaki par le Conseil Général de la Meuse pour la commémoration du 90ème anniversaire de la bataille de Verdun.
Jean-Louis Martinelli, directeur du Théâtre des Amandiers, qui avait déjà mis en scène en 2004 « Une virée » du même auteur, jouée plus de cent fois, s’est attelé à la nouvelle pièce de cet auteur singulier.

Dès août 1914 la France affecte dans les rangs de son armée des indigènes recrutés en Algérie, en Tunisie et au Maroc. On les retrouve dans différents corps comme les Tirailleurs, le Spahis, les Zouaves, les Chasseurs d’Afrique. Ils appartiennent tous à "l’Armée d’Afrique" dont l’emblème était un croissant. Entre 1914 et 1918 ils ont été 290 000 à combattre au service de la France, sur le territoire français mais également aux Dardanelles, dans les Balkans et en Palestine. A la fin de la guerre, 28 200 d’entre eux avaient péri au combat et 7700 autres étaient portés disparus.
Mohand, personnage principal de la pièce est un conteur de fantaisie. Il donne plusieurs raisons à sa présence dans l’armée française pendant la guerre. L’une de celles qui l’ont motivé est sérieuse et pontifiante, c’est la défense des valeurs culturelles et historiques de la France, Chateaubriand et Jeanne d’Arc. L’autre, qui peut laisser perplexe, est son admiration pour les Pieds Nickelés et leurs aventures. Et c’est aussi l’adepte de Ribouldingue, Filochard et Croquignol que nous allons suivre sur le Front.
Quelle que soit la raison qui l’a amené à s’engager, Mohand a montré dans le feu de l’action conviction, énergie et courage, et cela sans s’interroger sur ce qui lui arrivera à la fin de la guerre.
« Les Coloniaux » ne montre aucune amertume à propos de ce qui suivra et du peu de cas que la France fera de l’engagement de ces hommes. La pièce se contente de laisser s’exprimer, dans un langage hybride, ce conteur-poète dont la spontanéité va tour à tour faire rire et émouvoir. Et qui, mettant de côté la reconnaissance des faits, la compassion, la repentance, ne demande finalement à la France qu’un peu de mémoire…

Aziz Chouaki est né en Algérie. Il vit en France depuis 1991. Il est à la fois dramaturge, romancier et musicien. Tant dans « Les oranges », la pièce qui l’a fait connaître, que dans les textes qui ont suivi ou les romans qu’il a publiés, s’il se montre cynique, il modère par le ciselage de la forme et par l’humour dont il fait preuve, la gravité des sujets qu’il aborde.

Théâtre Nanterre-Amandiers
7 avenue Pablo Picasso 92 022 Nanterre.
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 46 14 70 00 – www.nanterre-amandiers.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • A propos des "3 sœurs" et du théâtre à deux vitesses
    Les « Trois sœurs » qu’on peut voir encore jusqu’au 22 décembre à l’Odéon Théâtre de l’Europe a été diversement accueilli. Il y ceux qui ont encensé le spectacle (voir la critique de Micheline Rousselet,... Lire la suite (15 décembre)
  • « Rémi Larrousse, Songes d’un illusionniste »
    Nous rêvons tous. Que nous révèlent nos rêves ? Cauchemars ou fantasmes, que signifient-ils ? Pour certains ils sont prémonitoires, d’autres y voient le rappel d’un passé oublié ou enfoui. Rémi... Lire la suite (14 décembre)
  • « Cap au pire »
    Cap au pire est l’un des derniers textes écrits par Beckett, un texte écrit en anglais et qu’il ne s’était pas résigné à traduire comme s’il avait hésité à se relancer dans ce dédale, un texte destiné à... Lire la suite (13 décembre)
  • « Probablement les Bahamas » de Martin Crimp
    Milly et Franck savourent le confort de leur cottage où s’annonce pour eux une retraite paisible. Ils ont même à leurs côtés pour faire barrage à leur solitude, la présence rassurante d’une étudiante... Lire la suite (13 décembre)
  • « Mélancolie(s) »
    La pièce commence au printemps, au milieu d’une journée magnifique. Le temps est à la fête pour l’anniversaire de Sacha qui est entourée de son mari qu’elle n’aime plus comme avant, d’Olympe sa sœur... Lire la suite (9 décembre)