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Un film de Raphaël Delpard (France) d’après son livre

"Les convois de la honte" Sortie en salles le 10 mars 2010

Entre 1940 et 1944, la SNCF, la même société d’économie mixte qu’on connaît aujourd’hui et qui fut fondée en décembre 1938, a transporté, essentiellement dans des wagons à bestiaux, dans des conditions déplorables et indignes, 76 000 juifs, 20 000 tziganes et 38 000 résistants, opposants politiques. vers les camps de la mort.
Les trains de la SNCF ont également servi à transporter vers l’Allemagne, les biens confisqués aux juifs ainsi que du matériel volé dans les usines Ugine-Khulman, Renault, Peugeot et des biens appartenant au patrimoine.
Il faut distinguer, au sein de la SNCF, les membres de la direction essentiellement des polytechniciens, commis de l’Etat qui ne se sont jamais interrogés sur la destination des convois qu’ils organisaient, qui se sont cantonnés dans la stricte application des ordres reçus et les cheminots au nombre de 400 000 environ parmi lesquels 10% ont appartenu à la résistance et 10% ont collaboré avec l’occupant et le gouvernement de Vichy. 40 000 cheminots résistants ont conduit des actions individuelles et contribué à sauver de nombreux juifs mais n’appartenant à aucune organisation structurée, ne disposant d’aucun ordre de la part des organisations communistes et gaullistes, ils n’ont jamais empêché, ralenti ou détourné l’acheminement des déportés vers les camps de la mort.
Les résistants de la SNCF ont également, en collaboration avec les résistants de la Poste, permis d’acheminer vers leurs destinataires tout le courrier que les déportés en partance faisaient glisser par les interstices des wagons et qu’il recueillaient le long des voies ferrées.
"Les convois de la honte" est le premier document filmique [1] qui met à jour l’organisation SNCF des convois vers les camps. Raphaël Delpard tente, en interrogeant une vingtaine de témoins parmi les plus fiables, historiens, anciens déportés, avocats, psychologues, responsable du Musée de la déportation, de donner une réponse à la question essentielle : était-il possible de faire en sorte d’empêcher les convois d’atteindre leur destination meurtrière.
On apprend que le premier directeur de la SNCF, qui resta à son poste jusqu’en 1946 et qui fit par la suite une brillante carrière dans les hautes fonctions de la banque, n’a jamais eu, jusqu’à sa mort en 1972, à rendre le moindre compte sur les agissements de la Société dont il avait la responsabilité. Il faut attendre Jacques Chirac et son discours de 1995 pour que soit officiellement abordé ce problème qui entache gravement, par les faits et par le silence, la société française.
Il est nécessaire de s’interroger sur ces agissements qui se sont étendus sur quatre années, que personne ne pouvait ignorer et qui ont même continué d’exister dans la période finale de la guerre. Cet aveuglement collectif n’appartient pas seulement au passé. On a pu le voir se renouveler, plus proches de nous au Rwanda, au Darfour, ou en ex Yougoslavie.
S’il est temps de dénoncer cette abominable"Histoire officielle", il serait sans doute utile, en attendant, de montrer ce film à des jeunes gens, lycéens ou grands collégiens pour qu’ils prennent connaissance de cet innommable épisode de notre histoire de France et pour qu’ils en débattent.
Francis Dubois

Notes

[1Il existe par contre de nombreux livres sur la résistance évoquant ces mouvements de train, les cheminots et la résistance. On peut notamment lire le très intéressant et atypique ouvrage d’un allemand ayant combattu dans la résistance française et s’étant fait embaucher alors à la Sncf : "Un allemand dans la résistance – Le train pour Toulouse" de Gerhard Leo, Ed. Tirésias, 1997. Ph. Laville

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