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Un film de Sophie Letourneur (France)

"Les coquillettes" Sortie en salles le 20 mars 2013

Sophie est venue présenter son film " Le marin masqué" au Festival de Locarno. Elle y retrouve ses amies de bringue et de galères parisiennes, Carole et Camille. Mais, plus en quête d’un amoureux que présentes dans les salles obscures, elles choisissent de ratisser les soirées plutôt que d’assister aux projections.

Sophie consacre plus de temps à pister désespérément Louis Garrel dont elle est persuadée qu’il est l’homme de sa vie, qu’à se soucier de l’accueil qu’on aura réservé au film qu’elle est venue présenter.

Camille poursuit Martin de ses assiduités et fantasme avec lui une idylle romantique alors que Carole a juste envie de s’éclater.

Les trois filles du film de Sophie Letourneur n’ont pas froid aux yeux mais ne sont fortes en gueule que jusqu’au moment où leurs fantasmes sont sur le point de se réaliser.

Là, les baudruches se dégonflent et ne subsistent plus que trois pauvres filles en rade.

Sophie Letourneur ne manque de talent. Elle a inventé un genre, un style qui n’appartient qu’à elle où elle excelle, tant dans les situations qu’elle imagine, dans la qualité, la spontanéité des rapports entre les personnages que dans les dialogues qui sont de purs joyaux et ont l’air d’avoir été conçus au millimètre près pour sortir de la bouche de ses interprètes.

Elle a un sens de la fantaisie accordée à l’air du temps et il est à peu près certain que ses films, dans une ou deux décennies auront valeur de témoignage sur une époque où des filles trentenaires encore plus larguées qu’il n’y paraît, vivent dans une sorte de flottement affectif, de dérive qu’elles font semblant de dominer en faisant preuve de culot et d’audace ; mais qui ne sont que façade et artifice, le moyen pour elles-mêmes de se garder en estime.

Car les comédies de Sophie Letourneur où l’on rit beaucoup et sans arrière-pensées sur le coup, sont des films beaucoup plus graves qu’il n’y paraît.

"La vie au ranch" sorti en 2010, beaucoup moins abouti, beaucoup plus tâtonnant que "Les coquillettes" racontait le quotidien nonchalant et sans autre projet que la drague et l’aventure amoureuse de trois colocataires parisiennes, des étudiantes sans études, qui découvraient un aperçu de la vraie vie au cours d’un week-end à la campagne.

Les films de Sophie Letourneur n’ont aucune réalité sociale. Ils ne sont que d’apparentes comédies fondées sur le bavardage et surtout sur un dialogue ciselé, délibérément léger, tellement spontané qu’on pourrait croire à de l’improvisation pure.

Comme dans "La vie au ranch", comme dans son premier court-métrage "La tête dans le vide", comme plus récemment dans "Le marin masqué" (sans doute sa plus belle réussite), elle creuse dans " Les coquillettes" le même sillon, avec bonheur mais toujours la même

obstination à ne pas charger ses histoires et ses personnages d’une coloration sociale.

Mais à y regarder de plus près, ses "héroïnes" trentenaires ne sont des personnages de façade et larguées que parce qu’elles sont le fruit d’une société qui les a sacrifiées au doute, à un avenir flottant et à une recherche éperdue de cet amour dont cependant elles ne veulent pas à plus forte raison, s’il s’agit de celui qu’on nomme "éternel".

Sophie sous ses airs audacieux s’effarouche au lit dès que son partenaire lui propose une pratique caressante un peu particulière. Tout comme les deux autres qui peuvent se retrouver juchées sur leurs talons aiguilles, déambulant dans le petit matin après une soirée manquée.

Il faut découvrir, si ce n’est déjà fait, cette cinéaste, cet électron libre du cinéma dont l’apparente liberté d’inspiration, une sorte de "je m’en foutisme" provocateur, cache un travail mûri, une farouche détermination à tracer sa ligne et une vraie nature créative.

Francis Dubois

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