Actualité théâtrale

Au Théâtre La Bruyère

"Les couteaux dans le dos" Texte et mise en scène de Pierre Notte

Marie est une toute jeune fille mal dans sa peau, mal dans une famille qu’elle veut fuir. Elle a horreur qu’on la touche. Elle le dit sur tous les tons. Elle reproche à ses parents de cultiver la bonne conscience à bon compte. Elle s’entaille une main et se fait la malle même si c’est prématuré et si elle ne sait pas encore que son seul ennemi, c’est souvent soi-même. Munie d’un seul paquet de Figolu pour le voyage, elle fera gardienne de péage sur une autoroute parce que dans une cage de verre, on se sent protégé, en tout cas, à l’abri de certaines agressions du monde.

©2009-ifou pour le pole media

Quand elle part plus loin, c’est pour Oslo, Stockholm, les fjords. Elle finit par rencontrer un gardien de phare qui, comme elle, s’est coupé la main…
On est dans le monde domestique mais on est ailleurs et jusque chez Ibsen ou Marguerite Duras. On voyage dans le temps et jusqu’au delà des frontières de la mort. On croise des trolls, un sphinx et des fantômes. Il ne faut pas attendre de la pièce de Pierre Notte, qu’elle soit linéaire, explicative. C’est tout le contraire et c’est réjouissant pour le spectateur de faire la découverte d’une écriture aussi vive, heurtée, espiègle, inspirée, drôle, distanciée et vraie qui n’occulte aucun problème et dont la morale serait, si elle existait : dans la vie, tout peut arriver même rien.
Cinq comédiennes se partagent la partition. Elles donnent le texte dans tout ce qu’il a de vif, d’audacieux, de tendre, de simple et de tortueux à un rythme effréné. Comme toujours, à restituer des textes d’une écriture aussi personnelle, il y a un danger constant à perdre le fil, à se casser le nez, à ne déboucher que sur un simple exercice de style. Mis à part Marie qui est jouée par la même jeune comédienne, les quatre autres jouent tour à tour le père, la mère, le gardien de phare, le flic, la directrice, la conseillère d’orientation mais également Ophélie, Phèdre, Médée ou Rainer Marie Rilke. Toutes évoluent avec un talent d’acrobate sur le terrain glissant, ou semé d’embûches, que leur a concocté Pierre Notte, mais elle sont là en parfaites complices de cette musique si particulière.
Si parfois le texte déroute c’est qu’il est foisonnant. S’il fait rire c’est qu’il est drôle et qu’il fait mouche. S’il fait grincer des dents, c’est qu’il tape dans le mille des nos vieilles peurs ou des vieilles hontes qui nous habitent.
Francis Dubois

Théâtre La Bruyere
5, rue La Bruyère
PARIS-75009 (M° St Georges)
(acceuillant une pièce créée au théâtre des Déchargeurs)
Réservation : 01 48 74 76 99
www.theatrelabruyere.com

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