Actualité théâtrale

au théâtre de l’Aquarium

"Les descendants" Jusqu’au 27 mai

Dans un observatoire, dans un pays sans nom, se retrouvent deux jeunes gens qui y ont trouvé refuge autrefois, alors qu’ils étaient enfants. Il est astrophysicien et s’intéresse aux trous noirs, elle est archéologue et cherche à trouver le sarcophage des pleureuses enfoui sous la terre et qui va disparaître avec la mise en eau d’un barrage à cet endroit. L’un et l’autre cherchent à connaître l’histoire de leur origine ou à occulter ce qui est insupportable, un génocide.

Benoit Fortrye

La pièce est le fruit d’une collaboration. Le metteur en scène, Bruno Freyssinet l’a commandée à une jeune auteure franco-turque, Sedef Ecer, et a fait appel à un documentariste d’origine arménienne, Serge Avédikian. De leur travail émerge une grande fresque en trois temps mettant en scène trois générations, la première, celle de la tragédie du génocide, la seconde qui a préféré garder le silence sur l’histoire et la troisième qui cherche à reconstituer le passé pour trouver son identité. La pièce ne raconte pas l’histoire du génocide arménien, comme pourrait le laisser penser l’origine de deux des auteurs du projet. On pense à toutes les histoires, de la Turquie aux Balkans, de l’Espagne à l’Allemagne nazie ou à l’Algérie, tous ces pays où des atrocités ont été commises au nom de la pureté de la race. Dans tous ces pays les descendants, qu’ils soient fils de victimes ou de bourreaux portent le poids des atrocités du passé, qu’ils les connaissent ou pas.

Le projet s’est ensuite étoffé avec des résidences de recherche et des ateliers avec de jeunes acteurs dans quatre pays, la Turquie, l’Arménie, l’Allemagne et la France. La pièce est donc jouée dans les quatre langues, évoquant une sorte de tour de Babel où les hommes ne parviennent pas à communiquer, mais soulignant aussi par la diversité des sonorités celle des cultures et obligeant le spectateur à développer son imagination et à s’attacher aux gestes, aux élans des acteurs. Pas de panique toutefois, un système de surtitrage permet au spectateur de suivre ce qui se dit ! Les huit acteurs interprètent une vingtaine de personnages et les surtitres nous entraînent d’une génération à l’autre. Le plateau est assez neutre, mais un très beau travail sur les lumières et la vidéo nous accompagne du monde de l’Observatoire et du cosmos au Palais de la Dictatrice, aux discours terriblement angoissants, qui se préoccupe beaucoup d’organiser la narration contrôlée de sa propre vie et que tout le monde craint.

En dépit du dispositif un peu lourd de la traduction par surtitrage, on s’intéresse au destin des personnages. Sous leur histoire, c’est tout un ensemble de questions qui reviennent, celle de l’idéologie des bourreaux et de la façon dont elle triomphe à certains moments, celle de l’attitude des victimes, de la soumission à la révolte, celle de la difficulté pour les survivants à assumer le passé, celle de la transmission aux enfants. Le dispositif scénique suscite l’imaginaire du spectateur. C’est beau et émouvant.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h.
Théâtre de l’Aquarium
La Cartoucherie, Route du Champ-de-Manœuvre
75012 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 74 99 61

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