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Un film de Sarah Suco (France)

« Les éblouis » Sortie en salles le 20 novembre 2019.

Camille est une jeune adolescente et l’aînée d’une fratrie de quatre enfants. Elle est passionnée de cirque, un art qu’elle apprend à pratiquer, mais le jour où ses parents intègrent une communauté religieuse basée sur le partage, la solidarité et le déni du plaisir « gratuit », la jeune fille doit se plier aux exigences d’une existence qui remet en question tout ce qui est considéré comme superflu et en conséquence renoncer à sa passion, considérée comme appartenant à un domaine perverti et indécent.

Peu à peu l’embrigadement des parents devient sectaire et Camille, du haut de ses douze ans, va devoir lutter pour affirmer sa marge de liberté et sauver ses frères et sœurs d’une existence de plus en plus cernée par les murs infranchissables dressés par la secte.

Cinéma : Les éblouis

Sarah Suco a elle-même vécu avec sa famille au sein d’une communauté charismatique pendant de nombreuses années et « Les éblouis » qu’elle a réalisé, relate sa propre histoire qu’elle a dédiée à ses frères et sœurs qui grâce à elle, ont pu se libérer du joug d’une existence sectaire réductrice, oppressante et dangereuse. Il s’agissait, pour Sarah Suco de transformer dix ans de souvenirs en une histoire de fiction et de cinéma mettant en scène des personnages auxquels s’attacher tout en évitant tout sensationnalisme ou épanchement excessif.

L’appartenance à cette communauté qui fonctionne sur l’écoute de l’autre et débordante de générosité trompeuse, devient très vite une sorte de bouée de sauvetage pour le père, professeur de collège qui ne se sent pas reconnu dans l’exercice de ses fonctions, pour la mère qui se sent tout à coup entendue, utile surtout quand la communauté lui confie la gestion de ses comptes et autres responsabilités valorisantes.

Le film raconte comme il est facile de se faire embrigader et de considérer à tel point qu’on est sur la bonne voie, qu’on se sent le droit d’imposer des règles castratrices à ses proches sans prendre jamais conscience des dangers d’un tel engagement.

Et si la réalisatrice, au lieu de situer l’action de son film dans les années quatre-vingt dix, a choisi de la situer de nos jours afin d’insister sur le fait que le phénomène, sans doute encouragé par la précarité et la peur du lendemain, est toujours actuel puisqu’on estime aujourd’hui à entre cinquante et soixante mille le nombre d’enfants victimes de dérives sectaires.

On peut adhérer pleinement à l’option narrative dans laquelle Sarah Suco a engagé un récit qui refuse une distanciation qui aurait pu nuire à la crédibilité de faits authentiques.

Au contraire de cela, elle amène ses personnages, ceux des parents, des protagonistes de la communauté et du prêtre, aux limites du stéréotype et de la caricature.

L’effet paraît nécessaire à certains pour conduire efficacement un message d’alerte ou trop surligné à d’autres pour qui la demi caricature, au contraire, ôte toute sa crédibilité au sujet de l’embrigadement sectaire.

Une œuvre forte menée par une distribution de haut vol, une Camille Cottin très convaincante dans un emploi nouveau, un Eric Carravaca qu’on découvre grand comédien à chacune de ses prestations et la nouvelle venue Céleste Brunnquel aussi parfaite dans l’hésitation que dans la détermination à s’engager...

Francis Dubois

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