Actualité théâtrale

« Les échelles de nuages » Jusqu’au 28 novembre au Grand Parquet

Zao Ming, qui ne supporte plus ce qu’est devenu sa famille sous l’influence de l’ouverture au monde capitaliste - sa grand-mère a coupé sa natte si douce à caresser et ses parents ne parlent plus que résultats de Bourse - décide de fuir au bord du bord du monde. Il entraîne avec lui Shen You, pas trop convaincu bien qu’il en ait assez de ses parents sans cesse en réunions, mais qui le suit par amitié. Si Shen You est pragmatique, s’occupe de ce que l’on va manger, regrette sa famille, s’ennuie dans l’histoire de son copain, Zao Ming rêve de choses extraordinaires, joue aux titres des livres qu’il n’écrira jamais du genre « j’ai un panda dans mon assiette » ou « soja et hamburger ». Tout au long de ce voyage initiatique ils rencontreront des êtres et des situations étranges, un poisson qui a le visage de leur instituteur, des cheveux nattés qui rythment le ressac, des carapaces de tortue où l’on peut lire l’avenir, des omoplates de veau qui racontent des histoires. Quand ils arriveront au bout de leur voyage, au bord du bord du monde l’un dira « on ne voit rien, il n’y a rien en dessous » et l’autre lui répondra « tu n’as rien appris, alors tu es aussi vide que le rien ».

La pièce de Dominique Paquet, philosophe et professeure d’esthétique théâtrale, glisse sans cesse du réel à l’imaginaire poétique. Le texte nous parle, sans insistance, de la relation aux adultes, de la politique, du regret des morts, de la force créatrice (à la fin de leur voyage ils sauront devenir poète et calligraphe), des moments de découragement et de l’espoir dans l’avenir.
Deux comédiennes (Françoise Cousin et Véronique Poupelin) et deux belles marionnettes à gaine chinoise incarnent les personnages. Cécile Tournesol a imaginé une belle mise en scène où comédiennes et marionnettes se répondent tantôt spectatrices tantôt actrices. Le jeu et la manipulation se mêlent avec fluidité comme dans une danse et favorisent l’imbrication des histoires. La scénographie offre un espace adapté au jeu et à la manipulation. Deux lits superposés, des voiles permettent aux comédiennes et aux marionnettes d’évoluer dessous-dessus, près ou loin. Les unes et les autres apparaissent disparaissent, grimpent, se cachent. Toutes les transformations sont possibles, un univers fantastique se crée alimenté par une bande son qui allie bruits de la ville, clochettes, sons étranges. On ne sait plus bien si on est dans la réalité, dans le rêve, dans le jeu des enfants ou dans leur vie et l’on se laisse emporter, comme les jeunes spectateurs dans ce monde magique.
Micheline Rousselet

Le Grand Parquet
20 bis rue du département, 75018 Paris
Les mercredis et dimanches à 15h
Réservations (se recommander du Snes – sollicitation en cours pour partenariat Réduc’snes) : 01 40 05 01 50

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