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Un film de Sylvain George (France)

"Les éclats (ma gueule, ma révolte, mon nom)" Sortie en salles le 5 décembre 2012

Ils sont arrivés d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’un pays d’Europe par quel moyen et ont échoué à Calais en attendant quelle suite à donner à leur vie d’errance où rien n’est assuré, pas plus les jours prochains que l’heure qui suit..

Dans Calais l’hiver, à l’ombre du Beffroi, ils errent en solitaires ou par petits groupes, ombres furtives, sombres dans la lumière grise, le froid, à la recherche d’un endroit où dormir, de nourriture, d’un abri.

Quelquefois ils improvisent une cantine, préparent un repas dans une gamelle sur un brasier, se réunissent pour un moment convivial. D’autres fois sur un sol boueux, ils disputent un match de football.

"On n’est pas ici pour une vie meilleure", dit l’un d’entre eux "mais pour survivre".

"Les éclats" est le deuxième film réalisé sur Calais par Sylvain George après "Qu’ils reposent en révolte" , à partir de matériaux inédits tournés à l’époque de ce film, ou plus récemment.

Ici, aucun personnage n’est privilégié dans ce qui n’est pas un récit mais un instantané, un constat, celui d’une situation inhumaine réduisant les individus à un anonymat total, à l’effacement de leurs personnes.

Pour qui ces hommes existent-ils ? A qui sont-ils liés ? Quel est leur lien avec la vie qu’ils côtoient ou fuient ? Quelqu’un se souvient-il qu’ils existent ?

Quelle force extrême, quelle extrême faiblesse les conduit à rire, à aller de l’avant sachant qu’ils n’ont aucun but à atteindre, à moins d’un miracle.

Vivre, est-ce se mouvoir, échanger quelques mots, s’accorder un moment de détente dans un décor vide de tout objet personnel, dans une interrogation constante, et pour eux à jouer au chat et à la souris avec les cars de policiers ?

Sylvain George a réalisé un film d’observation et une œuvre esthétique. Comme s’il offrait une sorte de luxe ultime à ces hommes perdus, celui d’évoluer dans une image soignée où les branchages d’un arbre dénudé par l’hiver se dressent comme un bouquet.

Il filme la gadoue, la pauvreté, les éclats de rire, la neige sale, un décor dérisoire pour des individus qui n’en connaîtront peut-être jamais d’autres.

Quelle réalité a pour nous la vie d’errance de ces hommes ? On sait que ça existe mais on n’a d’autre solution que de tourner la page et de passer à des préoccupations plus personnelles et immédiates.

Francis Dubois

"L’impossible, pages arrachées"

Un film de Sylvain George (France)

Sortie en salles le 21 novembre 2012

" L’impossible, pages arrachées" est un autre film de Sylvain George qui vient en complément de " Les éclats,( ma gueule, ma révolte, mon nom)" sous forme de trois parties distinctes à tous points de vue.

La première demi-heure du film est une suite à "Mes éclats…"

C’est un retour à Calais avec une ouverture en plans successifs montrant dans un paysage hivernal, un arbre recouvert de neige, une série de statues mutilées se dressant dans un parc, un bassin figé et dans la foulée l’image de deux hommes faisant leur toilette, dans un matin glacé autour d’un point d’eau.

Quelle différence dans la succession d’images entre des objets surpris dans le froid hivernal et les silhouettes imprécises, à peine présentes dans le décor, de deux hommes dans une activité leur gardant leur dignité ?

Ce premier volet du film est muet, à l’exception ici et là d’un instant de musique.

La deuxième partie montre la manifestation de mars 2009 place de la République à Paris et les affrontements violents entre les manifestants et les CRS au terme desquels plusieurs dizaines de jeunes ont été arrêtés de façon arbitraire et condamnés.

Le troisième volet porte sur l’incidence des grandes articulations de la politique depuis 68 jusqu’à la situation actuelle du pays dont une des conclusions serait : vaut-il mieux un régime de droite à une néo-gauche de droite ?

" l’impossible, pages arrachées" dresse le triste constat de dérives politiques et sociales qui nous ont conduits où nous en sommes, dans la pratique d’une politique chancelante…

Les deux films sont indissociables car ils constituent un long panoramique faisant état d’un triste état des lieux de notre époque tellement évoluée.

Francis Dubois

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