Actualité théâtrale

Jusqu’au 19 octobre à Paris, puis suite de la tournée internationale

"Les égarés du Chaco" au Théâtre de l’Epée de Bois, partenaire "réduc’Snes"

Outre ses qualités théâtrales, ce spectacle est un événement à plus d’un titre.

A l’invitation d’Ariane Mnouchkine, à l’occasion des 50 ans du Théâtre du Soleil, en collaboration avec Antonio Diaz-Florian, directeur du Théâtre de l’Epée de Bois, c’est la première fois que sont accueillis en France de jeunes comédiens boliviens, la troupe "Amassunu", issus de la première Ecole Nationale de Théâtre de Bolivie, construite en 2004 dans un des quartiers les plus pauvres de Santa-Cruz [1] avec l’intention de donner accès aux populations les plus défavorisées à une formation de haut niveau sous l’impulsion, et la direction depuis, de Marcos Malavia.

C’est aussi l’aboutissement d’une coopération internationale inédite, Marcos Malavia, originaire d’un centre minier de l’altiplano bolivien, qui vécut en exil en France pendant la période de dictature militaire, où il fut l’assistant d’Alfredo Arias puis créa la Compagnie Sourous en 1996 dont nous avons présenté quelques-unes des nombreuses créations et le Festival Auteurs en Acte à Bagneux…
propose en 2010 à Jean-Paul Wenzel de contribuer aux formations de l’Ecole Nationale de Théâtre de Bolivie.

Jean-Paul Wenzel, autre grand auteur de la création théâtrale contemporaine, dont nous avons notamment salué en 2012 "Tout un homme", avec l’écriture de 17 pièces, une quarantaine de mises en scène… [2] est séduit par le projet, l’ambition de cette Ecole accueillant des étudiants de toutes les classes sociales avec la gratuité pour les plus pauvres, partenaire de l’Université décernant un master à l’issue des 4 années de formation recouvrant toutes les disciplines artistiques et techniques enseignées par des professionnels boliviens mais aussi chiliens, argentins, espagnols, français…
Il accepte de faire travailler les étudiants sur l’un de ses textes ("Six tragédies miniatures"), découvre leur passion et curiosité pour les formes d’expression théâtrales permettant de questionner notre époque et nait alors le rêve d’une création commune. Celui-ci va se concrétiser avec la coopération d’Arlette Namiand [3] et le choix en 2012 d’adapter la nouvelle "Lagune H3" écrite en français en 1938 par l’auteur franco-bolivien Costa du Rels (réécrite sous la forme d’un roman éponyme publié en espagnol en 1967). Théâtre - "Les égarés du Chaco" Associant 7 comédiens permanents issus des 4 promotions de l’Ecole, regroupés par Marcos Malavia, ce sera le premier spectacle créé et tourné en Bolivie avec succès à partir de septembre 2013 avant de partir vers la France.

"Les Egarés du Chaco" évoque la tentative obstinée de trouver une hypothétique lagune par un groupe de soldats boliviens perdus dans une forêt aride et hostile pendant la guerre du Chaco entre Bolivie et Paraguay (1932-36). Pour Arlette Namiand "La force de cette écriture, c’est que l’auteur donne à voir la réalité de ces hommes errant dans la jungle aux prises avec la faim, la soif, la peur, l’épuisement, les fièvres, petite communauté d’hommes où la hiérarchie sociale, militaire, les ambitions, le pouvoir, les trahisons, la solidarité, le cynisme, l’espoir, le désespoir, le rire et les pulsions de violence, redéfinissent à chaque pas, à chaque souffle, les lignes de force et de fuite.’’ Théâtre "Les égarés du Chaco"
Pour nous la grande qualité de ce spectacle est aussi dans le jeu des acteurs, leur expressivité, leur dynamisme qui permet presque d’échapper à la traduction (de l’espagnol par un sur-titrage en français au-dessus de la scène) pour comprendre les évocations des situations. La mise en scène y contribue aussi grandement, par la rythmique scénique, gestuelle, parfois chorégraphique, notamment pour évoquer les hallucinations qui hantent ces hommes en proie à leurs peurs, fantasmes et croyances. Elle introduit aussi des respirations humoristiques, comme cette brève intrusion d’un personnage « off » pour récupérer une page froissée sur la scène de l’errance désespérée, jetée par celui qui s’oblige à tenir un journal des évènements (rôle joué par Antonio Peredo). Il s’agit d’un déplacement inattendu de celle qui, installée hors de l’espace scénique principal (rôle joué par Mariana Bredow), se représente cette souffrance en parcourant le cahier écrit et transmis par son fiancé qui a perdu la mémoire...

Un grand moment de théâtre à ne pas manquer.
Philippe Laville


Théâtre de l’Epée de bois
Cartoucherie Paris 12e – M° Château de Vincennes
Jeudis, vendredis à 20h30, samedis à 16h et 20h30, dimanches à 16h
www.epeedebois.com
Réservations
(partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 08 39 74
Puis, suite de la tournée en Europe :
28/10 au 1/11, Théâtre Saint-Gervais de Genève (Suisse) www.saintgervais.ch
4-5/11, ENSATT à Lyon www.ensatt.fr

Notes

[1la Bolivie était considérée comme un des pays où sévissait la plus grande pauvreté en Amérique latine avant l’élection d’Evo Morales en 2006, qui a proclamé l’intention de son gouvernement d’éradiquer progressivement la misère

[2particulièrement pendant sa co-direction du CDN Les Fédérés à Montluçon de 1985 à 2002 (avec Olivier Perrier, qui avait antérieurement co-fondé avec lui et Jean-Louis Hourdin en 1976 les Rencontres théâtrales d’Hérisson, également dans l’Allier)

[3auteur et dramaturge associée avec Jean-Paul Wenzel depuis leur création en 2003 de la compagne Dorénavant qui a créé depuis 12 spectacles

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