Actualité théâtrale

Le 27 novembre à l’Apostrophe-Théâtre des Louvrais à Pontoise, en tournée ensuite

« Les enfants de la terreur »

Ils ont, à la fin des années 1960, choisi la lutte armée et ont eu pour nom Fraction Armée Rouge en Allemagne, Brigades Rouges en Italie et Armée Rouge Japonaise. Ce sont les actions des leaders de ces mouvements, qui ont choisi de rompre avec le passé marqué par le fascisme de leur pays pour se lancer dans des actions terroristes, que Judith Depaule met en scène. Certains étaient fils de bourgeois, d’autres issus du prolétariat, l’un était, à l’origine, un fêtard amateur de grosses cylindrées, d’autres des révoltés. Mais tous se sont rangés au côté des Palestiniens dans leur lutte contre la politique israélienne, au côté des Vietnamiens dans la lutte contre l’impérialisme américain et au côté des prolétaires en lutte contre le capitalisme. Ils ont pensé que la lutte armée était la seule voie vers la lutte des classes et que plus elle était violente, plus elle était révolutionnaire.

C’est sur la prise d’otages aux Jeux de Munich en 1972, détonateur du passage à l’acte des trois organisations, que démarre le spectacle qui sera centré sur cette année. Les séquences où les six protagonistes parlent de leur parcours, de leur engagement, de leurs idées sur la famille ou la condition féminine, alternent avec des séquences plus chorégraphiées où les acteurs face aux spectateurs évoquent en paroles ou en musique l’action révolutionnaire et les attentats. Mais on peut regretter dans ces séquences la place excessive accordée aux textes de pure propagande, aux tracts, alors que les débats sur le fond sont totalement évacués. On sent bien que Judith Depaule, qui dans toutes ses productions fait un théâtre politique, s’est bien documentée. Mais on a l’impression, ici, qu’elle s’est laissée entraîner dans une sorte de romantisme de l’engagement révolutionnaire où l’on exalte le fait de donner sa vie pour une cause, où la violence apparaît juste, comparée à celle que fait subir la justice aux militants arrêtés, et où les victimes sont ravalées au rang de dégât collatéral sur lequel on ne s’interroge jamais.

En dépit de ces réserves, il faut saluer le travail de scène qui est magistral. L’utilisation du jeu frontal, de la musique et de la vidéo, devenus des must du nouveau théâtre, est ici particulièrement pertinente et réussie. Les acteurs racontent leur parcours à la salle, leurs déplacements sont chorégraphiés et font parfois écho aux vidéo, telle la gymnaste faisant le geste de lancer des pierres sur fond de manifestation. La musique de « rock expérimental », composée pour le spectacle et interprétée par deux musiciens, auxquels se joignent les comédiens qui chantent et jouent de la guitare et de la basse, se superpose à des chants révolutionnaires. En fond de scène, un mur lumineux composé de boîtes de leds, connecté aux autres médias, musique et son, vibre et change de couleur passant d’un rouge violent à un blanc aveuglant. Sur ce mur passent des images d’archives plus ou moins nettes, à l’image de nos souvenirs qui s’estompent. La représentation des attentats utilise des moyens divers : reconstitution pure et simple, maquettes de villes lumineuses où les bâtiments s’enflamment et explosent pour les attentats de la Fraction Armée Rouge, jeu vidéo interactif joué en direct par les comédiens pour l’attentat de l’aéroport de Lod à Tel-Aviv. La musique et la lumière créent une atmosphère de violence parfois à la limite de l’inconfortable.

Théâtre : "Les enfants de la terreur"

On sort de la salle secoué, emportant des images fortes, comme celle de la gymnaste au justaucorps rouge qui continue à tournoyer au milieu des corps des otages abattus à Munich, ou l’évocation de l’emprisonnement des membres de la RAF dans des cellules minuscules, soumis à une privation sensorielle qui les détruit. C’est un spectacle qui ne laisse pas indifférent et en dépit de réserves sur le fond, il faut saluer le travail de Julie Depaule et de ses six jeunes interprètes acteurs, performeurs, et musiciens.

Micheline Rousselet

20 et 21 mai au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines

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