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Retour sur le Chili, 40 ans après le coup d’état contre Allende

"Les enfants des mille jours" Un film de Claudia Soto Mansilla et Jaco Bidermann - sortie le 2/10/2013

Le 11 septembre 1973, au Chili, par un coup d’état, la junte militaire soutenue par les Etats-Unis met fin aux mille jours de l’Unité populaire de Salvador Allende.
Le palais de la Moneda est détruit et le président Allende meurt. S’en sont suivies dix-sept années de dictature, de violence et de répression qui ont tenté de détruire le souvenir de ce qui fut la première expérience au monde de gouvernement populaire élu démocratiquement.
En 2009, Claudia Soto Mansilla, qui a quitté le Chili en 1973 avec sa famille, y revient avec une caméra pendant la campagne de l’élection présidentielle. Elle éprouve le besoin d’entendre parler de l’Unité populaire racontée par ceux qui l’on vécue.
Alors qu’elle capte les récits pleins de vie et d’anecdotes qui font la lumière sur les années Allende, la droite issue de la dictature s’apprête à être élue.
C’est à ce moment-là que, quarante ans après sa mort, des funérailles populaires de Victor Jara sont organisées. Celui qui fut la figure artistique la plus importante de l’Unité populaire, en recevant un hommage posthume, allait refaire la lumière sur le passé.
La réalisatrice s’appuie sur cet événement singulier pour combler le vide existant entre le Chili actuel, ultralibéraliste, et y opposer les récits passionnés du Chili d’Allende.

Pendant les trois années de la présence d’Allende à la tête du pays, de nombreuses réformes se sont mises en place pour remédier aux inégalités, à la justice et procéder à la redistribution des richesses.
La nationalisation des mines de cuivre produisant plus de 30% de la production mondiale a été une décision prise à l’unanimité par le parlement. Le pays a connu, pendant ces années-là un essor de l’urbanisme en faveur des plus démunis sur les bases d’un volontarisme, témoin d’un engouement populaire pour la politique en place.
Le rêve de construire une société plus juste aura été possible pendant mille jours.
Parmi "les enfants des mille jours" interrogés, Jorge Arrate détaille l’histoire chilienne qui a précédé l’Union populaire. Il dénonce l’intervention de la CIA qui intervint pour empêcher l’arrivée d’un gouvernement socialiste au Chili. C’est lui qui fut nommé en 1971, responsable de la nationalisation du cuivre.
Miguel Lawner, architecte, occupa, pendant l’Unité populaire, le poste de président de la Corporation d’Amélioration Urbaine. Il accompagna le "camarade Allende" en tant qu’ami et collaborateur.
Armando Uribe explique comment la mentalité et les valeurs des chiliens ont été transformées sous Allende. Comment le néolibéralisme féroce a permis par la suite, l’accès au pouvoir de quelqu’un qui symbolise "l’excellence de la médiocrité".
Manuel Cortez qui, passionné de mécanique, est devenu le chauffeur attitré de Salvador Allende. Il détaille les solutions qui ont permis de concrétiser le projet de l’Unité populaire et la mobilisation face aux sabotages organisés par l’extrême-droite financée par la CIA.
Pour lui, le "camarade président" a été le meilleur professeur d’éducation politique.
Pedro Soto, le père de la réalisatrice, était urbaniste pendant l’Unité populaire. Il a travaillé auprès de Miguel Lawner. Il intervient en tant que témoin de cette époque et comme acteur de ce gouvernement.
Claudina Nunez est aujourd’hui la seule femme communiste élue maire d’une grande ville au sud de Santiago (aux élections locales de novembre 2012 où le Parti communiste du Chili, laminé pendant les années de dictature, a obtenu de nombreux élus). Fortement engagée à l’époque, elle est issue d’une famille d’ouvriers et de paysans. Elle raconte avec émotion ce qu’a représenté pour elle et pour sa famille, le gouvernement d’Allende. Elle se définit comme une survivante qui se doit de lutter pour la vérité et la justice…

A travers ces témoignages auxquels on peut ajouter ceux de Rosalia Lola Osiel, étudiante au moment de l’Unité populaire, ou de Alicia Lira ouvrière textile aujourd’hui présidente de l’association des familles d’exécutés politiques qu’elle a rejointe après l’assassinat de son père dans les années 80.

Avec ce documentaire poignant d’une heure trente, qui révèle les dessous de la destruction de l’Unité populaire et qui dit la foi que tous avaient pour la politique de Salvador Allende, est programmé un court métrage de trente-sept minutes qui débute et s’achève par un entretien avec Isabel Allende et au cours duquel on peut entendre le dernier discours plein d’espérance pour le futur, du président au moment où il sait qu’il n’a plus aucun espoir d’échapper à la junte militaire qui a cerné le Palais, " Septembre chilien " (39 minutes), un film de Bruno Muel
 [1]
, Théo Robichet et Valérie Mayoux.

Poignant !

En attendant le résultat des élections présidentielles qui auront lieu au Chili en 2014.
Francis Dubois

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