Actualité théâtrale

au Lucernaire

"Les enfants du paradis" Á partir du 5 février

« Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour ». La réplique gouailleuse d’Arletty résonne toujours dans notre mémoire. Les enfants du paradis a été désigné par les critiques comme le meilleur film de tous les temps, à l’occasion du centenaire du cinéma, et classé au patrimoine de l’UNESCO. C’était donc un défi que de décider de faire une adaptation pour le théâtre du scénario original. En accord avec la petite-fille de Prévert, Philippe Honoré, l’habituel complice de Philippe Person, qui signe ici la mise en scène, s’y est attelé avec bonheur. Pas de costumes ni de décor d’époque, l’action a été resserrée autour des personnages principaux. On goûte avec gourmandise les dialogues de Prévert, cet amoureux des mots qui les assemblait, s’en amusait et savait leur donner force et vie (« Vous avez la tête trop chaude Pierre-François et le cœur trop froid. Et moi je crains les courants d’air », dit Garance).

Philippe Person a eu la bonne idée de s’échapper du film tout en faisant des clins d’œil au cinéma. Ainsi dans la scène entre Garance et Baptiste, où celui-ci n’ose pas déclarer son amour, tout se passe sous le regard d’une caméra et d’un preneur de son, accompagné par la musique de In the mood for love, une autre histoire d’amour qui n’ose s’avouer. Alors que dans Les enfants du paradis, c’est un rideau de théâtre que lève Lacenaire pour révéler le baiser de Baptiste et Garance, là c’est une projection de ce baiser qui envahit tous les côtés de la scène. La mise en abîme de la représentation, au cœur du film, est reprise habilement : ambiance de fête foraine, théâtre dans le théâtre avec Frédérick Lemaître (excellent Philippe Person) mimant la grande scène d’Othello, malles sur scène avec une inscription renvoyant à la chanson de Prévert Je suis comme je suis. L’humour côtoie l’émotion. La coupure entre les deux parties du film est marquée par un Entracte écrit sur l’une des malles, tandis que l’on entend Les feuilles mortes de la version Montand à celle de Dalida en passant par une improbable version latino !

Autour de Florence Le Corre-Person, qui campe une Garance moins gouailleuse mais plus moderne dans ses sentiments qu’Arletty, tournent ses trois amoureux, Philippe Person, le comédien flamboyant et Yannis Bougeard, qui incarne à la fois Baptiste, l’amoureux timide et déchiré et Lacenaire l’anarchiste enflammé. Sylvie Van Cleven campe une Nathalie qui veut croire que son amour peut tout emporter et incarne aussi Debureau père. Il y a de la gaîté, mais aussi de la nostalgie, de l’anticonformisme et un grand désir de liberté. On écoute les dialogues de Prévert et l’on sort tout joyeux.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 15h
Théâtre du Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS
Réduc’SNES sur réservation : 01 45 44 57 34

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • A propos des "3 sœurs" et du théâtre à deux vitesses
    Les « Trois sœurs » qu’on peut voir encore jusqu’au 22 décembre à l’Odéon Théâtre de l’Europe a été diversement accueilli. Il y ceux qui ont encensé le spectacle (voir la critique de Micheline Rousselet,... Lire la suite (15 décembre)
  • « Rémi Larrousse, Songes d’un illusionniste »
    Nous rêvons tous. Que nous révèlent nos rêves ? Cauchemars ou fantasmes, que signifient-ils ? Pour certains ils sont prémonitoires, d’autres y voient le rappel d’un passé oublié ou enfoui. Rémi... Lire la suite (14 décembre)
  • « Cap au pire »
    Cap au pire est l’un des derniers textes écrits par Beckett, un texte écrit en anglais et qu’il ne s’était pas résigné à traduire comme s’il avait hésité à se relancer dans ce dédale, un texte destiné à... Lire la suite (13 décembre)
  • « Probablement les Bahamas » de Martin Crimp
    Milly et Franck savourent le confort de leur cottage où s’annonce pour eux une retraite paisible. Ils ont même à leurs côtés pour faire barrage à leur solitude, la présence rassurante d’une étudiante... Lire la suite (13 décembre)
  • « Mélancolie(s) »
    La pièce commence au printemps, au milieu d’une journée magnifique. Le temps est à la fête pour l’anniversaire de Sacha qui est entourée de son mari qu’elle n’aime plus comme avant, d’Olympe sa sœur... Lire la suite (9 décembre)