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" Les enfants sont partis" Un film de Daniel Burman (Argentine 2008) - sortie en salles le 5 novembre

Léonardo et Martha viennent de voir le dernier de leurs trois enfants quitter la maison. Lui, un écrivain renommé va pouvoir combler le vide en s’attelant à un nouveau roman. Elle, pour qui l’absence ternit le quotidien, se voit multiplier ses activités. Inscrite à l’université, elle renoue avec ses amis, se lance dans une vie sociale intense, multiplie les réunions, les dîners, les réceptions et s’attire de nouvelles relations.
Léonardo, soucieux de son paraître décide de remédier aux défauts de sa dentition. Fasciné par la beauté et la jeunesse de sa nouvelle dentiste, il en fait le personnage central de ses fantasmes et trouve, en donnant libre cours à son imagination, un agréable palliatif. Mais le jeu engagé le dépasse au point qu’il ne parvient bientôt plus à démêler le vrai du faux… Il ne lui reste plus qu’à se laisser porter par les images qui lui viennent et les moments qui s’imposent à lui.
Pour Daniel Burman, les fantasmes qui sont le seul moyen de s’évader de la réalité finissent par devenir partie prenante de cette réalité et la frontière entre celle-ci et l’imaginaire peut devenir tellement ténue qu’elle risque à tout instant de disparaître.
L’absence des enfants qui s’annonçait comme une difficulté voire une souffrance devient un révélateur. Elle ouvre des portes que ni l’un ni l’autre n’avaient jusque là soupçonnées. Martha qui se retrouve mêlée à des gens plus jeunes se révèle être plus qu’un être infiniment sociable, une sorte d’apôtre de la bonne humeur, de l’entrain, de la jovialité communicative. Léonardo finit par s’inventer un monde parallèle auquel il prend goût. Il brouille une réalité et le tracé d’une ligne raisonnable qui ne lui était jamais venu à l’idée de dépasser.
Sans doute parce qu’il pense que les vrais héros ne sont pas dans l’excès et l’excentricité mais au contraire dans le quotidien, Daniel Burman ne soumet ses personnages qu’à de petits dérapages en apparence insignifiants, à peine suffisants pour qu’ils leur procurent une légère euphorie reconduite.
Le parti pris qu’il utilise d’alterner des moments attendus proches de la comédie comme les réceptions qu’organise Martha ou le refus de Léonardo de céder à la facilité avec, en léger décalage, les scènes oniriques, entraîne la narration dans une dérive d’autant plus efficace qu’elle est à peine perceptible. On est à la fois dans le déroulement linéaire d’une histoire et dans des régions voisines ou étrangères à cette narration.
Un film qui nous entraîne agréablement à la périphérie du sujet annoncé dans un dédale de situations qui soulèvent d’autres problèmes et nous attachent à des personnages à la fois familiers et jalousement secrets.
Francis Dubois

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