Actualité théâtrale

Jusqu’au 26 février à l’Aktéon Théâtre

« Les fâcheux »

Eraste aime Orphise et voudrait savoir s’il est payé de retour. Il l’aperçoit, la croise, mais toujours un importun s’interpose. On l’interroge, on lui demande conseil, son aide dans une affaire importante, une intervention auprès du Roi. Il n’arrive pas à les chasser et s’impatiente de plus en plus.

Les fâcheux est une comédie-ballet de Molière, beaucoup moins représentée que le Bourgeois gentilhomme par exemple, car les monologues des fâcheux peuvent, par certains aspects, sembler datés. Jérémie Milzstein, assisté de Brice Borg, s’est lancé dans la mise en scène de la pièce et en a fait ressortir ce qu’elle a de percutant, car des fâcheux on en rencontre toujours ! Molière donc, ses mots, bien dits d’ailleurs ici, mais en costumes contemporains et avec une mise en scène bourrée d’idées pour rester fidèle à la pièce avec des moyens réduits. Point de ballet grand siècle mais deux intermèdes musicaux. Eraste et Orphise, appuyés au mur de chaque côté de la scène, créent l’émotion en chantant La longue dame brune, la chanson de Barbara et Georges Moustaki. Et le rire que soulève la maladroite tentative d’écriture d’un poème à sa belle par Eraste, redouble car on y retrouve les mots de la chanson de Dario Moreno , Tout l’amour que j’ai pour toi .

Théâtre : "Les facheux"

Il faut aussi saluer la performance des acteurs, tous très jeunes, capables de faire parfaitement entendre les vers de Molière et d’exalter le comique de la pièce. Jérémie Milzstein est le valet. Malicieux, faussement naïf, dévoué malgré tout à ce maître impatient, il donne au personnage une présence et réussit à faire rire le public avant même le lever du rideau. Céline Bévierre campe une Orphise élégante qui cherche à mener à bien ses projets amoureux en dépit d’un tuteur envahissant et de quelques importuns. Incarnant Eraste, Emmanuel Rehbinder, très grand, trépigne, piétine, tourbillonne dans l’espace étroit de la scène, au bord de l’explosion. Enfin Brice Borg (en alternance avec Benjamin Witt) incarne tous les fâcheux avec génie, le nez en sang ou en blouson de cuir et bonnet sur la tête, coiffé d’un casque de chantier ou en chasseur à courre, accent belge prononcé ou équipé d’une marionnette à main quand les fâcheux sont deux.

C’est actuel et pourtant Molière est respecté. Ces jeunes acteurs nous prouvent, s’il en était besoin, qu’il n’a pas perdu sa capacité à nous faire rire des travers de nos sociétés.

Micheline Rousselet

Le mercredi et le jeudi à 19h30

Théâtre l’Aktéon

11 rue du Général Blaise, 75011 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 38 74 62

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