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Un film de Bruno Le Jean (France)

"Les fils du vent" Sortie en salles le 10 octobre 2012

Ils sont quatre à apparaître et à témoigner dans le film de Bruno Le Jean : Angelo Debarre, Moreno, Ninine Garcia et Tchavolo Schmitt. Ils sont guitaristes, vivent dans des roulottes et ils ont repris le flambeau du père du jazz manouche, Django Reinhardt.

La célébration du cinquantième anniversaire de la mort de ce "maître" emblématique de la communauté du "voyage", inspiré par le swing américain, permet de remettre sur le devant de la scène ses quatre "héritiers" de talent qui contribuent à perpétuer cette culture "nomade".

La remise au goût du jour de ce genre musical doit certainement beaucoup au fait que deux chanteurs français, Thomas Dutronc et Sansévérino s’en sont inspirés pour leurs répertoires.

Mais dans " Les fils du vent" , aucun des deux n’est cité, peut-être parce que cette musique est un terrain légitimement réservé, jalouse de ses traditions et de son authenticité.

De personnalités différentes, ces musiciens ont en commun un certain sens de l’humour, une haute idée de l’amitié et ce besoin vital d’avoir toujours la guitare à portée de main.

Ils se présentent comme des individus joyeux, riches de cette liberté que leur offre le voyage, la route, et en cela, le film flirte parfois avec l’angélisme.

Pourtant, leur célébrité n’est pas un laisser-passer. Ils sont, comme les autres manouches, soumis aux tracasseries administratives, à l’obligation de respecter les délais, de se soumettre aux contrôles auxquels les contraint leur carnet de citoyens itinérants, d’attendre le long d’une route, inlassablement, un lieu où stationner…

Bruno Le Jean a filmé avec beaucoup de tendresse et de respect ses quatre personnages. Il a filmé des musiciens heureux de jouer, de se produire sur scène, fiers d’appartenir à une communauté qui, bien que constituée d’individus pour certains établis en Europe depuis plusieurs décennies, restent, dans l’imaginaire collectif, des gens à part.

L’exiguïté des habitations ne permettant pas de stocker les traces musicales, la transmission se fait de génération en génération et Angelo Debarre, le "pur et dur" de tous, attaché aux traditions et à l’itinérance sans ostentation, est fier de montrer son jeune fils, à peine adolescent, prendre la relève et se produire avec son groupe, dans les rues de Sanois-sur-Seine, lors du festival annuel dédié à Django Reinhardt.

Moreno qui râle contre les clichés, le folklore, charmeur et roublard, reconnaît cependant nourrir un amour immodéré pour les sapes et le style manouche. Il est le seul des quatre à avoir rompu avec l’itinérance et à s’être installé dans un deux pièces du 17ème arrondissement de Paris.

Pour Ninine Garcia, le jazz manouche est une histoire de famille. Il a pris la succession de son père qui fonda "La chope des puces" rue des Rosiers à Saint-Ouen, café érigé en "temple" à Django. Il assure chaque samedi et dimanche, la permanence de ce haut lieu du swing.

Si une large place est donnée à la musique au long du film, les problèmes rencontrés par les gens du voyage ne sont qu’à peine effleurés. Et ceci, même si au cours du tournage, la légitimité de leur itinérance faisait l’actualité. On peut regretter le choix de Bruno Le Jean de ne pas avoir voulu donner une tonalité trop politique à son film.

Francis Dubois

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